Après vous avoir décrit très rapidement nos premières impressions sur ce que l'on perçoit de l'impitoyable monde du travail chinois à Pékin, voici donc le deuxième volet, avec les photos prises au Mont Taishan. Ce qui nous a particulièrement troublé, c'est de croiser à nos côtés dans l'ascention des hommes qui portaient vers le sommet sur leurs épaules des charges énormes de riz ou d'autres produits. D'après la réponse qu'a compris Mireille, ils seraient payés entre 70 et 100 kuai pour faire une montée, selon le poids de la charge portée. Si elles se confirment, ce sont des fortes sommes pour des Chinois. Néanmoins, ils se détruisent la santé à vitesse accélérée en portant trente ou cinquante kilos sur leur épaules et leur dos par de telles chaleurs sur une ascention qui est intrinséquement très éprouvante.

Ce fonctionnement nous est apparu d'autant plus décalé qu'à quelques mètres de là, un téléphérique permet de faire monter les touristes paresseux jusqu'au sommet. Pourquoi ne pas mettre les produits dans les cabines, et éventuellement les descendre de quelques dizaines de mètres vers les points de ravitaillement, plutôt que de faire monter tout cela à la sueur du front des pauvres du Shandong ? Au sujet des cabines du téléphérique, nous avons d'ailleurs assisté à la montée d'un énorme câble porté par deux cents cinquante hommes. Ils mettaient des heures à avancer de 10m et la montée en fait plus de 600...Un hélicoptère n'aurait-il pas été plus efficace et plus rapide ? En tout cas, nous avons tous senti une sorte de culpabilité devant ce serpent composés d'hommes de tous âges, avec leurs visages marqués par la répétition de tels efforts.

Il faut donc se méfier de ce que l'on entend sur la course à la rentabilité en Chine. Certes il y a une très forte pression, un très fort dynamisme, mais il persiste encore des poches d'un archaïsme absurde, que ce soit avec toutes les tâches inutiles et bien sûr inintéressantes à Pékin ou dans les travaux d'un autre âge à Taishan ou ailleurs.