Après le lever à 6h30, la journée pluvieuse et six heures à répéter à l'infini des phrases débiles, j'étais dans un état de fatigue avancée lorsque Mireille nous a reproposé (comme chaque jour à peu près...) de faire un massage chinois. D'ordinaire, ce n'est pas trop mon truc, mais après tout, cela fait partie des immanquables de la culture chinoise. J'ai donc accepté de suivre Mireille, Damien et Jean dans cette aventure. Il faut dire que la journée a été éprouvante. Ce matin, douche froide (c'est le cas de le dire) en voyant les premières gouttes de pluie depuis l'un des premiers jours de notre séjour pékinois, et en constatant que tous les Chinois ont eu l'intelligence d'acheter des parapluies à quelques kuai. J'étais vraiment le lao wai, tout seul à endurer la pluie, au milieu d'une marée de parapluies bariolés. Vraiment pas le réveil le plus sympathique. Ensuite, les cours se sont enchaînés, et la 6e heure est vraiment dure ! On arrive vite à saturation lorsque l'on étudie les mêmes textes pendant toute une journée. D'autant que le dernier cours est le fameux ting li, dans le labo d'écoute. Le principe, c'est d'écouter une cassette de mauvaise qualité avec des Chinois qui articulent moins que moi en Français, et qui font des phrases avec des mots que de toute façon, on ne connaît pas ! Et avec le peu de fragments compréhensibles, il faut répondre à des questions type TOEFL, avec souvent plusieurs réponses valables, mais un petit indice bien caché qui vous aiguille vers la bonne. Mais vu que c'est précisément ces mots-là que l'on ne comprend pas... bref, une torture vous dis-je !
Dans ces conditions, le massage relaxant s'imposait. Précisons que les massages, notamment aux heures reculées de la nuit, ont une sulfureuse réputation à Pékin. Nous avons donc bien regardé où l'on mettait les pieds, et vu que c'était très confortable et très bon marché (58 kuai pour 90 minutes), nous sommes finalement rentrés. Et là, point de jeune fille aux doigts agiles, mais le gros Malabar du salon de massage pour s'occuper de moi. Les premières minutes sont très agréables, et, allongé sur le ventre, je me disais que j'allais pouvoir sombrer tranquillement dans un profond sommeil. Pauvre naïf que j'étais ! Le bougre m'a retourné tous les os dans tous les sens. Il attaque d'entrée par les épaules, et là, c'est tout de suite moins drôle ! Je n'ai pas trop compris le but : faire en sorte que les omoplates ne dépassent plus peut-être ! Il roulait sa main sur mes os en appliquant de fortes pressions à couper le souffle, ou bien, il saisissait l'épaule et faisait rouler son pouce entre mes os. Il s'est acharné cinq bonnes minutes sur la droite, pendant que j'essayais d'être "relax" avec la tête rentrée dans le trou au milieu du lit. J'ai toujours été très stoïcien dans ce genre de situation, comme lorsque le dentiste joue à racler les nerfs de vos dents avec ses outils, mais là, ce n'était pas toujours très évident !
Une fois les épaules passées, la colonne vertébrale ! C'est également assez physique ! Les jambes, c'est plus classique, puisque ça se limite à des étirements de sportifs. Puis vous vous retrouvez sur le côté, et il vous écartèle en appuyant sur votre jambe repliée à 45° et en tirant sur le bras opposé. Après quarante-cinq minutes à avoir mal à des os dont vous ignoriez jusque-là l'existence, voilà que nous passons au "foot massage". Cela commence beaucoup mieux, avec les pieds plongés dans une bassine de "médecine chinoise" portée à température idéale. Mais voilà que notre Bisounours en remets une couche sur les épaules. Et là, comme j'étais assis, c'était beaucoup plus dur de cacher la souffrance ! Surtout que le pire était à venir : les cervicales ! La seule chose qui me maintenait en vie, c'était le plaisir futur d'écrire cet article sur le blog ;-). En plus, il s'acharnait beaucoup plus sur moi que les autres masseurs et masseuses sur Mireille, Jean et Damien. Cinq nouvelles minutes de bonheur intense ! Ensuite, il m'invite enfin à allonger mon pauvre corps bon à ramasser à la petite cuillère (d'où le titre, héhé...). Et il attaque les pieds, en me disant fangsong (relax) toutes les deux minutes : mais comment voulez-vous être détendu lorsque l'on vous roule les os des pieds en les écrasant avec le pouce qui vous racle la plante des pieds et les autres doigts qui poussent jusqu'à ce vous sentiez vos os s'aplatir petit à petit ! Avez-vous déjà essayé de vous tirer les orteils jusqu'à ce qu'ils craquent ? Essayez, c'est bien moins douloureux que de se faire malaxer les cervicales !
Heureusement que mon nounours était très marrant et ne me voulait pas de mal, sinon je ne serais certainement plus là pour vous écrire à l'heure actuelle ! Mais voilà, après 1h30 de massage, me voilà détendu (en théorie), pouvant à peine porter mon sac à dos sur mes épaules endolories (en pratique), et je dois dire que le massage chinoise mérite d'être testé... une fois ! Plus sérieusement, cela peut être (très) douloureux sur le coup, mais efficace par la suite. Avec les filles, il paraît que cela ne fait pas mal car elle n'ont pas la force de vous écraser. Après cela, je devrai toutefois bien dormir... enfin !
A très bientôt,
Xia Bing