C'est une question (en écho avec le titre du film comme vous l'avez remarqué ;-)) que l'on est en droit de se poser, après avoir vu Still Life, l'un des gros succès critiques de 2007 en France, couronné par le Lion d'Or à Venise. Deux histoires se déroulent en parallèle dans le film de Jia Zhang-ke, mais elles partagent un même lieu : la ville de Fengjie, en amont du fameux Barrage des Trois-Gorges. Pour ceux qui ne savent pas exactement de quoi il s'agit, c'est le barrage fluvial le plus grand du monde, construit à un prix pharaonique, afin d'éviter les crues terribles du fleuve Changliang (Yangzi). Ce chantier a entraîné le déplacement de plusieurs millions de personnes, car la retenue du barrage nécessite l'inondation de plusieurs villes en amont. Le personnage masculin, joué par le très bon Han Sanming, vient du Shanxi, et cherche sa femme et sa fille qu'il n'a pas revu depuis seize ans (!) ; le personnage féminin est à la recherche de son mari, qui ne lui donne plus de nouvelles depuis deux ans.
Les deux histoires sont tristes, et pas toujours très bien menées donc le film semble un peu long lorsqu'on le regarde. Et puis il y a quelques passages qui n'ont aucun rapport avec l'histoire et sont un peu déplacés. Mais j'ai gardé ensuite un souvenir très fort de Still Life. D'une part, il y a ces paysages incroyables des rives du fleuve, dont les constructions en pierres de couleur claire sont abandonnées par la vie humaine et ont, inscrites sur elles à la peinture rouge, les marques des différents niveaux de la montée future des eaux. D'autre part, je garde le souvenir terrible de contacts humains... "inhumains" justement. Je ne peux pas vous raconter le passage qui m'a marqué à ce sujet car il dévoile une partie du film. Le mieux reste une nouvelle fois que vous regardiez ce film, très important pour relativiser ma très bonne expérience dans une Chine "privilégiée" : il se passe d'autres choses en Chine, et ce film, bien que pas très joyeux, est très révélateur ! Dans un entretien publié par le site du Monde cette semaine, le réalisateur disait que son but était d'être "un révélateur qui montre aux uns ce qu'ils ne connaissent pas des autres." La formule est belle et correspond bien à ce que je pense de son film !