La réputation de Chengde au sein de la population chinoise ne vient toutefois pas uniquement de son air frais et ses murs de bois. Le site a été le théâtre à plusieurs reprises d'événements déterminants de l'histoire impériale chinoise. La Chine n'a pas toujours été gouvernée par des dynasties Han. Dans la position des Empereurs mongols puis mandchous, il était important d'entretenir de bonnes relations avec les autres groupes ethniques de l'Empire (je vous renvois à l'article sur la diversité ethnique de la Chine, dans la catégorie "Géographie"). Chengde était à proximité des terres mandchoues et des territoires mongols. Chengde accueillait également des temples de diverses confessions pour pacifier les tensions religieuses, notamment avec le Tibet.
En plus des relations intra-chinoises, le site de Chengde a aussi accueilli des réunions diplomatiques avec les puissances occidentales. Une première ambassade britannique semble très célèbre : celle de Lord Macartney en 1793, même si elle fut un échec pour les Anglais qui souhaitaient renforcer leurs puissance commerciale en Chine. L'autre grand moment est un échec également, mais côté chinois cette fois-ci. En 1860, les puissances occidentales forcent l'Empereur Xianfeng à signer le Traité de Pékin. Dans le contexte des Guerres de l'Opium, les Empires britanniques et français, ainsi que la Russie, imposent à une Chine fermée sur elle-même et dépassée sur le plan militaire, d'ouvrir ses ports au commerce maritime international, et de manière plus générale, d'ouvrir les richesses de son pays aux marchands occidentaux. Ce texte est sûrement le plus célèbre de ce que les Chinois ont nommé les "Traités inégaux". Et comme vous pouvez le voir, l'Occidental est fraîchement accueilli sur ce site symbolique...

En plus de cette "humiliation nationale", le site de Chengde semble maudit, ce qui fait que les Empereurs font progressivement s'en détourner. Après un XVIIIe siècle qui marque l'apogée du site de Chengde, le décès de l'Empereur Jiaqing, frappé par la foudre dans le parc, est un premier signe funeste. Un demi-siècle plus tard, deux ans après la signature du Traité de Pékin, Xianfeng y décède également, laissant l'Empire aux mains de l'Impératrice douairière Cixi.
Mais au-delà du palais qui, bien que chargé d'histoires, est au final assez modeste, l'attrait de Chengde réside dans le parc gigantesque et le lac qui s'étendent au nord. Le lac tout d'abord est suffisamment grand pour que l'Empereur ne s'ennuie pas de faire à chaque fois le même parcours. Plusieurs petits temples ou arrêts sont disponibles sur les rives. Le bâtiment le plus connu est en photo ci-dessous :

Le parc se trouve à l'ouest du lac. Il est très vallonné et devait permettre à l'époque d'organiser de grandes randonnées à cheval ou à pied, ainsi que de longues parties de chasse. Il y a par exemple de nombreux cerfs et biches en semi-liberté dans le parc. Les Emepreurs souhaitaient également y retrouver des souvenirs de leurs voyages à travers toute la Chine. Ils y ont donc placé des copies de sites célèbres. A commencer par une Grande Muraille miniature...

Tout autour se trouvent donc une série de temples, qui sont eux-mêmes des copies de vrais temples, sur lesquels je reviendrai dans la deuxième partie de ce reportage photo. Mais vous pouvez déjà en reconnaître au moins un :

A la prochaine fois pour plus de détails ! Je vous laisse patienter avec cette curiosité géologique qui surplombe Chengde :