Je lisais il y a quelques jours un article de Pierre Haski, ancien correspondant de Libération en Chine et co-fondateur du site Rue89, qui disait que la Chine annonçait contenir 106 milliardaires en 2007... contre 14 il y a un an ! Il y aurait aussi plus de soixante millions de millionnaires chinois en yuan (plus que la population française). Dans le même temps, il faut relativiser ce succès en rappelant que le nombre de ceux qui vivent dans une précarité totale correspond au moins aux populations britanniques, françaises, allemandes, italiennes et espagnoles réunies...
Toujours est-il qu'il y a bien ce fameux "miracle chinois" dont tout le monde parle : 10% de croissance annuelle, et encore les chiffres sont sûrement truqués à la baisse pour éviter la surchauffe des indicateurs financiers, la Chine se développe à toute vitesse, et accueille chaque jour de nouveaux capitaux étrangers en masse. Impressionnant pour un pays qui se revendique toujours du communisme et qui avait accumulé un sacré retard sur le reste du monde industrialisé au cours de la seconde moitié du XXe siècle.
Je pourrais mettre des dizaines de graphiques, mais celui-ci est assez parlant (s'il n'est pas trop petit pour que vous le lisiez...)
Une des clés de ce décollage impressionnant du géant chinois est liée à ma série sur la géographie. Replaçons nous à la fin des années 1970, la Chine sort de trois décennies de maoïsme, dont la doctrine économique a favorisé des petites structures industrielles ou agricoles éparpillées dans tout le pays. En 1978, Deng Xiaoping, successeur de Mao, lance une première phase de libéralisation économique, sous forme de test. Sur le littoral, la Chine ouvre plusieurs zones économiques spéciales (ZES). Le système est bien simple : les entreprises étrangères peuvent s'installer avec leurs capitaux par le biais des IDE (investissements directs à l'étranger), profiter d'une main d'oeuvre et d'une fiscalité plus qu'avantageuses, rêver de vendre ses produits dans le gigantesque bassin de consommation chinois qui émerge. En échange, les entreprises étrangères apportent à la Chine les moyens de se développer. Cette politique d'ouverture progressive est un succès, et ces ZES restent aujourd'hui des moteurs de l'économie moderne chinoise, dans le delta de la Rivière des Perles par exemple. Les capitaux viennent d'abord d'Asie, et notamment de Hong Kong, puis du monde entier.
Depuis quelques temps, la Chine s'inquiète pourtant du déséquilibre qui se crée entre le littoral industrialisé et développé et le reste du pays. C'est pourquoi, les entreprises étrangères se voient offrir des avantages extraordinaires pour s'implanter dans le centre ou l'ouest de la Chine. C'est le cas par exemple de PSA Peugeot-Citröen à Wuhan dans le Hubei. Une nouvelle fois, je suis bien incapable de traiter du fond de toutes ces questions, mais voilà quelques pistes pour comprendre l'essor de la Chine, désormais quatrième puissance économique du monde (et qui visera officiellement la première place d'ici peu...), mais aussi toutes les questions complexes liées aux délocalisations en Europe.
Le prochain article sera consacré à une autre question centrale : les transports.