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Je m'appelle Valentin Chaput, ou Xia Bing
en chinois (夏冰 : "glace de l'été"). En 2007-2008, l'année de mes 20 ans, j'ai eu la chance de partir un an apprendre le mandarin à Pékin dans le cadre de ma troisième année à Sciences Po Paris. J'étudiais à l'université de langues étrangères de Pékin, connue en Chine sous le nom de BeiWai, abbréviation de Beijing Waiguoyu Daxue (北京外国语大学).

Vous trouverez sur ce blog le récit de ma vie pékinoise en cette année olympique, des photos de mes voyages et des dossiers thématiques pour découvrir à mes côtés la richesse de la civilisation chinoise. J'espère que vous prendrez du plaisir à parcourir ce blog, et qu'il vous donnera envie de vous rendre en Chine à votre tour !

谢谢

 

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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 16:02
Ma série sur la géographie chinoise, qui devait initialement être plus courte avec une progression logique quotidienne, aura finalement traîné dans le temps, du fait de mes multiples activités à Pékin. Il est donc grand temps de conclure cette petite introduction aux problématiques géographiques de la Chine actuelle.
Pour cela, une question s’impose : Où va la Chine ?
Va-t-elle atteindre le niveau de développement du monde occidental, voire même le dépasser, ou sera-t-elle limitée dans son essor spectaculaire par l’émergence de nouveaux acteurs politiques ou économiques, comme son voisin indien pour ne citer que lui ? Quel rôle va-t-elle jouer : simple puissance régionale entourée par des voisins souvent en désaccord ou hyper-puissance internationale ? Au sujet de Taiwan, du dalaï-lama, de leur inter-dépendance économique, comment les relations sino-américaines vont-elles évoluer ? Il est encore trop tôt pour le dire, toutes les hypothèses semblent ouvertes sur toutes ces questions.
Je veux donc faire un petit bilan de ce dossier, qui, je l’espère, vous aura apporté de nouvelles connaissances sur la Chine. Vous pouvez d'ailleurs retrouver tous les articles regroupés dans la catégorie "Géographie" dans la colonne de droite.

Vous avez peut-être entendu parler ces derniers jours du livre de l’historien britannique Gavin Menzies 1421, l’année où la Chine a découvert l’Amérique. Cet ouvrage avance l’hypothèse de grandes expéditions maritimes chinoises, commandées par l’amiral Zheng He au début du XVe siècle, aux quatre coins du globe (voir sur le site de Rue89). Cela vous rappelle certainement le premier article de la série, consacré au regard que les Chinois portent sur le monde, dans lequel j’évoquais cette hypothèse qui retirerait à Christophe Colomb (et donc à l’Europe) la découverte du Nouveau Monde. Comprendre la relation de la Chine au monde, et réciproquement du monde à la Chine, est assez centrale dans l’idée que je me fais de mon expérience actuelle à Pékin. En effet, cette double relation est en train de changer radicalement, passant d’un relatif désintérêt pendant une grande partie du XXe siècle, à une omniprésence aujourd’hui.

Pour bien comprendre les quelques raisons que je vous ai présentées, j’ai construit ma série d’articles en trois parties. Tout d’abord, j’ai rédigé deux articles sur l’organisation physique de la Chine, avec son territoire immense et sa grande diversité, souvent méconnue en France. De ces contraintes naturelles s’est imposée une organisation de l’espace centrée sur l’exploitation des plaines, au détriment des pentes, très vite inaccessibles. Le découpage de la Chine selon trois zones (littoral oriental, territoire intérieur, grand ouest) est une sorte de fil rouge pour les articles suivants.
La deuxième partie de la série se concentrait en effet sur la gestion politique de l’espace, et des caractéristiques particulières de la Chine : un territoire de la taille d’un continent, avec la plus importante population mondiale, majoritairement Han, mais se répartissant également en cinquante-cinq autres groupes ethniques minoritaires, sur des territoires aux langues et aux statuts administratifs différents.
Ces particularités déterminent en partie ce que j’évoquais dans la troisième partie, c’est-à-dire le développement accéléré de la nouvelle Chine. Développement économique, développement urbain, développement des réseaux de communications, mais aussi apparition de problématiques modernes comme l’accroissement de la pollution, tout cela dans le cadre d’un régime politique assez unique. Au final, la Chine est un terrain d’analyse privilégié pour comprendre le monde de ce début de XXIe siècle, car la Chine, sans en être forcément consciente, contient une partie des clés de notre avenir à tous.

C’est pour cela que j’ai souhaité commencer mon blog par ce premier dossier thématique sur certaines explications de la situation actuelle de la Chine, et c’est pour cela que je conclus cette série par cette fameuse question : Où va la Chine ?
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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 16:11
Face aux problèmes de pollution que j'ai exposé brièvement dans l'article ci-dessous, la Chine s'est lancée dans le grand projet de créer une ville écologique. Elle doit être prête en 2010, pour être la perle de l'exposition universelle que Shanghai doit accueillir. Cette ville, nommée Dongtan, est actuellement en construction sur l'île de Chongming, au nord de la municipalité de Shanghai, l'une des villes les plus polluées du monde.

180px-ChinaShanghaiChongming.png
Ce n'est pas la plus carte du blog, mais elle a le mérite d'être claire : la ville de Shanghai en blanc, et juste au nord, reliée par un tout nouveau pont, Chongming en rouge.

L'idée originale tient dans le principe de concevoir de A à Z une ville moderne, utilisant toutes les technologies environnementales de pointe en terme de matériaux de construction, d'énergie, de recyclage des déchets, de gestion des transports, de qualité de vie (un tissu peu dense d'immeubles de petite taille, entourés par des arbres abondants). Au départ, cette ville expérimentale devrait compter cinquante mille habitants, mais ce nombre doit être décuplé d'ici 2050. Tout cela a un coût, et ce sont les plus riches shanghaïens qui voudront trouver un hâvre de paix à quelques dizaines de minutes du centre-ville qui le payeront. Dongtan sera donc une ville qui se veut propre et élitiste.


Que va donner l'utopie verte à la chinoise ?

DongtanLake.jpg

Mais ce projet d'éco-cité mérite d'être suivi, et, espérons-le, copié ailleurs à plus grande échelle s'il est un succès.
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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 16:00
S’il est un sujet dont il est vital de parler aujourd’hui à l’échelle mondiale, c’est bien l’environnement, et la Chine n’y échappe pas, bien au contraire. En effet, l’économie galopante de la Chine et la densification de ses réseaux de transports dont nous avons eu l’occasion de parler dans les deux derniers articles a eu des conséquences néfastes sur la pollution de l’air, des eaux et des sols chinois.

PollutionChine.jpg
Voilà une illustration sans appel que j’ai trouvé sur le site d’une équipe de recherche de Jussieu. Cette carte montre l’évolution de concentration de l’air en dioxyde d’azote entre 1996 et 2002. Vous voyez les tâches rouges les plus foncées au nord-est de la Chine ? Je suis à peu près là !

Commençons par les sols : la Chine est encore très agricole comme je vous l’ai déjà dit. La hausse de la productivité et l’usage de produits toxiques nuisent à la qualité des sols, et par conséquent à leur rentabilité. La déforestation est un phénomène encore peu médiatisé en Chine, mais elle est bien réelle, tout comme la désertification progressive de certaines zones.
La situation des eaux chinoises n’est pas plus enviable, puisqu’ils sont quasiment tous pollués par les déchets industriels et les produits chimiques, et c’est notamment le cas des plus grands fleuves, qui desservent les plus grandes villes du pays. L’eau potable se fait rare, et, par exemple, il ne faut pas tester celle de Pékin.
L’air est de plus en plus irrespirable, avec des indices de pollution atmosphérique jusqu’à cinq fois supérieurs aux limites conseillées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cinq des dix villes les plus polluées du monde se trouveraient en Chine, certaines sont sévèrement touchées par des pluies acides.

Au total, j’ai pu lire que la pollution causerait un demi-million de décès par an en Chine ! Face à cette menace environnementale (et ses répercussions économiques), les Chinois ne sont pas totalement inactifs. Le gouvernement a fait fermer des usines trop polluantes, la voie des écologistes se font de plus en plus entendre, notamment au travers de Pan Yue, vice-ministre de l’environnement (en tout cas dans l’ancienne « équipe gouvernementale », mais vu qu’elle vient de changer, je ne sais pas s’il a gardé ce poste). Les villes tentent de réduire l’utilisation de véhicules, comme Pékin qui construit ses nouveaux métros, et compte réduire drastiquement le trafic dans les mois à venir, pour offrir à la capitale olympique un air respirable en août prochain. Enfin, les Chinois travaillent sur des projets plus ambitieux, comme « la première ville 100% verte » (cf. annexe).
Et pourtant la Chine n’a pas ratifié le Protocole de Kyoto, et est encore plus loin de le respecter…

Il faudra pourtant faire un effort conséquent car les prévisions sont alarmantes. Au rythme actuel, les Chinois auront d’ici une grosse vingtaine d’années un niveau de vie moyen équivalent à celui des Occidentaux, avec toute la pollution que cela entraîne… Sauf que ramené à la démographie chinoise, il faudrait chaque année pour les seuls automobilistes chinois plus de pétrole que le monde entier n’en produit actuellement ! Idem pour la consommation de charbon, énergie très polluante, mais très utilisée en Chine. Si la Chine -suivie de l’Inde et d’autres- devait atteindre notre niveau de développement, il faudrait entre cinq et sept fois les ressources de la Terre entière !

Comment concilier croissance, développement et protection de l’environnement ? Voilà la question majeure qui se pose à la Chine (et à nous tous au final !) pour les années futures.
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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 10:19
Après quelques péripéties, je reviens pour un nouvel article sur le thème de la géographie. Cette série est bientôt terminée, le rythme de publication de mes petits articles a été pour le moins chaotique, donc j’essayerai de vous faire une synthèse prochainement.
Car dans mon esprit, l’enchaînement des articles respecte une certaine logique. Après la partie classique sur la topographie, j’ai essayé de vous donner quelques informations sur la gestion politique et administrative de ce territoire, avant d’aborder une troisième et dernière partie, qui porte plus sur les transformations actuelles de la Chine, avec l’ouverture économique expliquée dans l’article précédent, les transports pour aujourd’hui, et l’enjeu environnemental pour la prochaine fois.

Map-transports.jpg
L'important n'est pas le détail de la carte, mais bien l'impression générale de déséquilibre.

Parlons donc des moyens de communication aujourd’hui. La carte que je vous propose doit vous procurer la même sensation que les précédentes : la Chine est très inégalement desservie par les réseaux de transports. Il est logique de voir que le littoral est très bien aménagé, et qu’à mesure que l’on s’enfonce dans les terres vers l’ouest, le réseau devient de moins en moins dense.
Je vous rappelle que le train (火车, huoche, « le véhicule de feu ») reste le moyen de transport privilégié des Chinois pour les (très !) longues distances. J’ai déjà pu vous raconter mes premières expériences du train chinois. Je dois dire que malgré sa faible vitesse (quand est-ce qu’on va leur vendre nos TGV ?), il est très fiable, et relativement bon marché, au moins dans les classes inférieurs. A condition de passer votre nuit sur un siège dur dans un wagon rempli qui reste éclairé, vous payerez moins de 15 euros pour aller de Pékin à Xi’an par exemple.

Mais au-delà du train et de la traditionnelle bicyclette (cf. annexe sur le film Beijing Bicycle), le véhicule qui s’impose progressivement est l’automobile. Mille nouvelles immatriculations par jour pour la seule municipalité de Pékin, cela représente un million de véhicules supplémentaires en moins de trois ans dans la capitale ! Pourtant les voitures sont chères, autour de 50 000 yuans pour les moins chères, ce qui représente certes la moitié du prix européen, mais ramené au niveau de vie chinois, ce n’est pas une somme négligeable. Pourtant, le métro encore peu développé et les bus bondés poussent quotidiennement de nouveaux Pékinois à acheter une voiture. Côté français, les Citroën Elysée et Triomphe (je crois que c’est le modèle de la C5 légèrement modifié) sont les plus présentes, mais sinon il y a beaucoup de marques en concurrence.


Les villes chinoises d'aujourd'hui : des tours, des grues, des avenues, des échangeurs et... des voitures !

Circulation-4.jpg
Le souci, c’est que ces voitures polluent… énormément ! Les périphériques à cinq voies sont devenus insuffisants et Pékin connaît chaque jour plusieurs heures de bouchons, ce qui, comme chacun sait, n’est pas très bon pour notre couche d’ozone. Et après une bonne heure de sport, je peux vous assurer que l’on sent que l’air est très chargé. Il n’est pas rare que l’on voit un nuage de pollution bien épais au-dessus des grands axes de la ville. J’aurais l’occasion de revenir sur la pollution dans mon prochain article justement, car la situation est préoccupante.

Pour finir, je vous ajoute les prévisions de vente de voitures en Chine pour les années à venir : au rythme actuel, le parc automobile chinois pourrait passer de 30 millions de voitures actuellement à... plus de 120 millions d'ici dix ans ! Si les constructeurs européens avaient la bonne idée de sortir enfin les voitures propres qu’ils développent, cela pourrait être très bénéfique, non seulement pour l’économie de nos pays, mais aussi et surtout pour notre petite planète…
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23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 14:49
Pour accompagner ces quelques explications (très incomplètes) sur la traduction géographique des transfomrations de l'économie chinoise, je recycle un exposé que j'avais fait l'an dernier. Il s'agit de la zone nouvelle de Pudong.
Pudong est le quartier moderne de Shanghai, situé sur la rive est du Huangpu, la rivière qui traverse la ville. De l'autre côté se trouve Puxi, la partie plus ancienne de la ville, qui garde les traces architecturales de son passé colonial. Même si vous ne connaissez pas le nom de Pudong, vous avez certainement déjà vu une photo de cet endroit :

1--Intro-Pudong-Skyline.jpg
Maintenant, imaginez qu'en 1992, lorsque la construction du quartier a été décidée, il n'y avait à cet endroit qu'un terrain vague ! Dans un an et demi, une nouvelle tour de 492m deviendra la plus haute de Chine et accueillera l'équivalent chinois du World Trade Center. Au nord-est de Pudong, les extensions qui vont faire de Shanghai le premier port marchand du monde sont en cours de construction, et un train ultra-moderne à lévitation magnétique relie le coeur de la ville au nouvel aéroport international !

Bref, Pudong est la concrétisation matérielle de l'incroyable boom économique chinois de ces vingt dernières années. Je vais essayer de vous mettre le Power Point que j'avais réalisé pour accompagner mon exposé.

file:///Users/valentinchaput/Desktop/Pudong%20Blog%20Valinchina.htm
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23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 14:37
Je lisais il y a quelques jours un article de Pierre Haski, ancien correspondant de Libération en Chine et co-fondateur du site Rue89, qui disait que la Chine annonçait contenir 106 milliardaires en 2007... contre 14 il y a un an ! Il y aurait aussi plus de soixante millions de millionnaires chinois en yuan (plus que la population française). Dans le même temps, il faut relativiser ce succès en rappelant que le nombre de ceux qui vivent dans une précarité totale correspond au moins aux populations britanniques, françaises, allemandes, italiennes et espagnoles réunies...
Toujours est-il qu'il y a bien ce fameux "miracle chinois" dont tout le monde parle : 10% de croissance annuelle, et encore les chiffres sont sûrement truqués à la baisse pour éviter la surchauffe des indicateurs financiers, la Chine se développe à toute vitesse, et accueille chaque jour de nouveaux capitaux étrangers en masse. Impressionnant pour un pays qui se revendique toujours du communisme et qui avait accumulé un sacré retard sur le reste du monde industrialisé au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

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Je pourrais mettre des dizaines de graphiques, mais celui-ci est assez parlant (s'il n'est pas trop petit pour que vous le lisiez...)

Une des clés de ce décollage impressionnant du géant chinois est liée à ma série sur la géographie. Replaçons nous à la fin des années 1970, la Chine sort de trois décennies de maoïsme, dont la doctrine économique a favorisé des petites structures industrielles ou agricoles éparpillées dans tout le pays. En 1978, Deng Xiaoping, successeur de Mao, lance une première phase de libéralisation économique, sous forme de test. Sur le littoral, la Chine ouvre plusieurs zones économiques spéciales (ZES). Le système est bien simple : les entreprises étrangères peuvent s'installer avec leurs capitaux par le biais des IDE (investissements directs à l'étranger), profiter d'une main d'oeuvre et d'une fiscalité plus qu'avantageuses, rêver de vendre ses produits dans le gigantesque bassin de consommation chinois qui émerge. En échange, les entreprises étrangères apportent à la Chine les moyens de se développer. Cette politique d'ouverture progressive est un succès, et ces ZES restent aujourd'hui des moteurs de l'économie moderne chinoise, dans le delta de la Rivière des Perles par exemple. Les capitaux viennent d'abord d'Asie, et notamment de Hong Kong, puis du monde entier.

Depuis quelques temps, la Chine s'inquiète pourtant du déséquilibre qui se crée entre le littoral industrialisé et développé et le reste du pays. C'est pourquoi, les entreprises étrangères se voient offrir des avantages extraordinaires pour s'implanter dans le centre ou l'ouest de la Chine. C'est le cas par exemple de PSA Peugeot-Citröen à Wuhan dans le Hubei. Une nouvelle fois, je suis bien incapable de traiter du fond de toutes ces questions, mais voilà quelques pistes pour comprendre l'essor de la Chine, désormais quatrième puissance économique du monde (et qui visera officiellement la première place d'ici peu...), mais aussi toutes les questions complexes liées aux délocalisations en Europe.

Le prochain article sera consacré à une autre question centrale : les transports.

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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 07:18
Depuis mon plus jeune âge, j'ai toujours été fasciné par les projets architecturaux extraordinaires, que ce soit le pont au-dessus de la Méditerranée, les villes flottantes ou les tours de plsueiurs kilomètres de haut. En général, ces projets-fous ne dépassent pas le stade des maquettes, mais ils sont des exemples de ce que pourront devenir nos villes ou nos réseaux de transports dans le futur. Je vous disais récemment que la Chine était confrontée à un afflux massif de population, que les nouvelles tours qui sortent de terre chaque jour à Pékin et ailleurs, ne parviennent pas à accueillir. Dans ce cadre, des cabinets d'architectes réfléchissent à des solutions innovantes. Pour un devoir l'an dernier, j'avais notamment trouvé un article très intéressant dans Le Monde. Je vous en mets donc un extrait ci-dessous, agrémenté des photos que j'avais trouvées sur le site de la "Dynamic City Foundation" dont il est question dans l'article.

"400 millions de Chinois à loger

Article paru dans l'édition du 27.05.07

La Chine connaît un exode rural massif et devra accueillir, d'ici à 2020, 400 millions de nouveaux urbains. Face à l'anarchie architecturale, la planification centrale montre ses limites

Imaginez un train qui tourne autour de Pékin, ne s'arrête jamais et auquel le passager accède par un « travelator », un tapis roulant à vitesse rapide. Ce mode de transport à lévitation magnétique ultrarapide, circulaire et hybride ferait le tour de la capitale, sur 65 km, entre le troisième et quatrième périphérique actuels. Il serait surélevé, dans une structure où seraient aménagées des zones commerciales et de détente. Baptisé D-rail, ce projet futuriste a été imaginé pour fluidifier les déplacements urbains par l'architecte hollandais Neville Mars et son équipe pluridisciplinaire de jeunes chercheurs.


Quand on pense que le tapis roulant de la Gare Montparnasse marche un jour sur deux, nous ne sommes pas près de faire le tour de l'Ile-de-France !

Tous travaillent au sein de Dynamic City Foundation, une plate-forme de réflexion sur l'urbanisation de la Chine à l'horizon 2020. Car Pékin, ville-crêpe qui s'étend à n'en plus finir, souffre prématurément d'un trop-plein. De routes, d'aiguillages, de bretelles. « Quand vous additionnez tout le tarmac des périphériques de Pékin, vous obtenez près de la moitié de la surface de la ville, c'est obscène. A partir d'un certain point, les infrastructures nécessitent tellement d'espace qu'elles ne peuvent plus jouer leur rôle de connexion », explique M. Mars.
Autre réalisation virtuelle de la Dynamic City Foundation, la Beijing Boom Tower, une réflexion sur la densité, ou comment créer un ensemble urbain le plus compact possible. Le résultat est un « quartier vertical » de 200 mètres de haut, dont les constructions - certaines sont l'équivalent de villas de luxe, d'autres, de logements bon marché - s'élancent vers le ciel d'un socle commun géant et multifonctionnel de sept niveaux.

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Comment mettre encore plus de sardines dans une boîte sans augmenter l'aire de la base ? Rajouter des étages !

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Bientôt, notre vie sera comme dans Sim City 2000, on n'aura plus de raison de sortir de notre immeuble, qui contiendra logements, bureaux, centres commerciaux, terrains de sport etc. !

D-Rail et Beijing Boom Tower ont été imaginés comme des réponses hors normes au processus d'urbanisation chinois, dont la vitesse et l'échelle sont sans commune mesure avec ce que les autres pays ont pu connaître : en 2020, au moins 60 % de la population chinoise devrait vivre en ville, contre 45 % aujourd'hui. En d'autres termes, le pays va devoir loger entre 350 et 450 millions d'urbains supplémentaires en moins de quinze ans !
(...)

Brice Pedroletti"

Après ces deux petits articles annexes, le prochain sera consacré aux raisons géographiques du décollage économique de la Chine depuis près de trois décennies.
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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 06:37
Bonjour à toutes et tous, je reprends le cours de ma série, avec une première annexe en rapport avec le dernier article posté ("7 : la Révolution urbaine"), dans lequel je parlais de l'incroyable phase d'urbanisation que la Chine connaît depuis une vingtaine d'année et pour encore quelques temps.

Aujourd'hui, je vais donc faire un petit point sur la situation de Chongqing. Peut-être ne connaissez-vous même pas ce nom... pourtant, Chongqing est considérée par certains, notamment en Chine, comme la plus grande ville du monde, avec plus de 31 millions d'habitants (2,5 millions à Paris et 12 millions sur toute l'Ile-de-France). Curieux donc que personne ne la connaisse en France ! Voilà où se trouve Chongqing sur la carte de Chine :


Jusqu'en 1997, la ville était rattachée à la vaste province du Sichuan, mais elle a désormais acquis le statut de "municipalité de rang provincial". C'est d'ailleurs la ville possédant ce statut qui a la plus grande superficie sur la carte, les trois autres villes étant Pékin, Tianjin et Shanghai. 31 millions d'habitants, la plus vaste superficie, après tout, pourquoi ne serait-ce pas la plus grande ville du monde ?

Tout simplement car ce statut de "municipalité de rang provincial" ne correspond pas à ce que nous entendons par ville ou zone urbaine. En effet, la superficie de la province de Chongqing est supérieure à celle du Bénélux rassemblé ! Il y a donc des zones rurales entre les centres urbains, qui en réalité se concentrent autour du coeur de Chongqing, dont la population propre est entre 3,5 et 7,5 millions d'habitants suivant la méthode de prise en compte des travailleurs migrants.

map-of-chongqing.jpg
On voit bien qu'il y a beaucoup de vert tout autour, on est donc loin d'une mégalopole tentaculaire !

Chongqing n'est donc pas la plus grande ville mondiale (ni la plus grande de Chine), et encore moins ce que l'on pourrait appeler une "ville-mondiale", du moins jusqu'à présent. La preuve, c'est que peu de gens la connaissent en dehors de Chine, et moi-même, je n'en avait pas entendu parlé avant le milieu de l'année dernière. La ville n'a donc pas l'influence nécessaire pour assumer le statut qu'on lui prête.

Pourtant, Chongqing ne manque pas d'atouts, car sa localisation est très importante en Chine. Située sur le Yangzi, juste en amont du fameux Barrage des Trois Gorges, la ville est positionnée sur le grand axe fluvial qui relie la Chine du centre, amenée à se développer rapidement, au littoral déjà plus industrialisé.

Voilà, si on vous parle de Chongqing désormais, vous saurez où cela se trouve, et vous ne serez pas piégés par ce statut injustifié de plus grande ville du monde.
 
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12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 15:00
La question démographique en Chine est à la fois fascinante et un peu effrayante. Comme vous le savez déjà, la Chine est le pays le plus peuplé du monde, avec plus de 1,3 milliard d'habitants. Comment se répartit cette population sur le territoire, lui-même colossal, du pays ? Quelles sont les dynamiques actuelles et leurs enjeux ? J'ai un peu travaillé sur ces questions essentielles à Sciences Po, donc je vais tenter de vous restituer quelques points marquants sur cette problématique, qui n'a pas encore trouvé toutes ses solutions ici en Chine.


La carte d'origine : www.chine-informations.com/fichiers/1138901094.jpg
Vous ne serez pas surpris de retrouver le même découpage que pour les autres articles, avec une forte densité sur le littoral oriental, puis le long des grands fleuves que vous pouvez presque suivre en rouge sur la carte (Fleuve Jaune au nord et Yangzi au sud). Au nord et à l'ouest, il y a une nouvelle fois moins de monde, moins de villes, moins d'infrastructures. Certaines zones sont même inhabitées car désertiques ou bien trop élevées. L'échelle de cette carte ne rend pas bien compte des chiffres de densité qui explosent dans les centres urbains, bien au-dessus des 200 habitants au km2 annoncés, mais c'est sur cette carte que le découpage était le plus visuel.

Néanmoins, vous auriez tort de penser que tous les Chinois vivent dans des tours dans les banlieues de Pékin, Shanghai et d'ailleurs. Bien au contraire, l'équilibre entre urbains et ruraux est tout juste atteint. A la fin des années 1970, avant les grandes réformes de Deng Xiaoping, le successeur de Mao, 80% de la population chinoise est rurale. Car le maoïsme a prômu un système basé sur des petites collectivités paysannes ou industrielles dans de petits bourgs autosuffisants et quasiment autarciques. On était alors dans une dynamique de peuplement des campagnes et des provinces du centre et de l'ouest. Tout déplacement de population était planifié, et contrôlé grâce au système du hukou (户口), qui était une sorte de permis de résidence, qui vous empêchait de quitter votre lieu de vie et de travail. Avec l'ouverture du pays et le léger mouvement de libéralisation politique et économiques, le système du hukou a été assoupli, et les migrations de populations se sont accrues.

Elles se sont accrues à tel point que d'environ 20% d'urbains en 1980, on devrait arriver à plus de 60% d'ici 2020. A l'échelle de la Chine, cela représente... plus de 400 millions de nouveaux urbains à loger et employer ! Imaginez que la moitié de la population de l'actuelle Union européenne migre vers nos centres urbains sur une période de moins d'un demi-siècle ! Si la majorité des flux se concentrent au niveau intra-provincial, il n'en reste pas moins de gros problèmes d'urbanisation à résoudre pour accueillir tout le monde. Du coup, des villes champignons naissent un peu partout. La "population flottante" de travailleurs migrants, dont on sait simplement qu'elle ne vit pas sur son lieu d'origine est officiellement estimée autour de 150 millions de personnes tout de même, sachant qu'une partie échappe aux contrôles. 

Les enjeux sont donc aussi cruciaux que divers : montée de l'immobilier, explosion des réseaux de transports et notamment de l'utilisation de l'automobile, perte de temps dans les déplacements, et bien sûr, pollution massive des centres urbains. Je pense consacrer quelques brefs articles d'annexe à ces questions, en plus de la suite de la série principale sur la géographie de la Chine contemporaine au sens large. Après la mobilité des populations, le prochain article sera consacré aux transformations économiques et industrielles engendrées par l'ouverture de la Chine aux marchés internationaux depuis une grosse décennie.
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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 17:40
Je posais hier en guise de transition la question de l'unité chinoise. Cette problématique me permet d'aborder la question des groupes ethniques (民族, minzu) et des minorités (少数民族, shaoshu minzu). La Constitution de la République populaire de Chine reconnaît cinquante-six entités ethniques officielles. Il y en aurait d'autres, paraît-il, mais c'est déjà assez énorme. Cette reconnaissance officielle offre aux minorités quelques avantages non négligeables, notamment dans la reconnaissance de leurs contumes particulières. Compte-tenu de cette diversité, existe-il un sentiment national chinois, une appartenance commune, au sein d'un peuple divisé en cinquante-six groupes ethniques ?

Une première précision s'impose : la population de la Chine n'est pas si morcelée que cette statistique peut le laisser paraître. L'ethnie Han (汉) est très largement minoritaire : plus de 92% des Chinois, soit... 1,2 milliard d'hommes et de femmes qui constituent le groupe ethnique le plus important du monde !
Les cinquante-cinq autres minorités se partagent le reste de la population, mais là aussi les disparités sont grandes, entre les Zhuang, principalement implantés dans le Guangxi au sud du pays, sont la minorité la plus nombreuse avec environ quinze millions de membres. A l'opposé, les Lhoba du Tibet sont à peine quelques milliers. Il y a dix minorités qui se revendiquent comme musulmanes, notamment dans le Xinjiang à l'ouest de la Chine, en contact avec l'Asie centrale.

Carte-minzu.jpg
Comme d'habitude le lien de la carte en plus grand format :
www.chine-informations.com/fichiers/1138901155.jpg
Il y a des cartes plus complètes, mais celle-ci permet de se rendre compte de plusieurs points importants. Tout d'abord la forte présence des Han dans toute la Chine de l'est et du centre. Si vous superposez cette carte à celle d'il y a trois jours sur l'organisation de l'espace chinois, vous remarquerez que ces zones Han correspondent aux deux zones de la Chine littorale et de la Chine centrale, qui profitent le plus du boom actuel de la Chine.
Maintenant, si vous observez les zones où les Han ne sont pas majoritaires, vous retrouvez les régions autonomes que je vous présentais hier : la Mongolie intérieure (mauve), le Xinjiang (rose), le Tibet (jaune foncé) et le Guangxi (jaune clair).

De cette multitude d'ethnies, la Chine retire une grande diversité culturelle. Les Chinois que j'ai rencontrés sont très fiers de parler de leurs minorités nationales, avec leurs spécialités culinaires, leurs vêtements traditionnels et leurs apparences physiques très différentes, contrairement au stéréotype français du "tous les Chinois sont pareils". En Mandchourie, les gens ressemblent aux Coréens, en Mongolie intérieure aux Mongols, dans le Xinjiang aux Kazakhs, Kirghizs et autres populations des pays voisins, et au Yunnan, on s'approche plus des Viêt-namiens et Cambodgiens. En revanche, Pékin a lancé depuis plusieurs années des politiques de "hanification" de la Chine des périphéries. Ainsi, l'une de mes professeurs à BeiWai est une Han du Xinjiang.

Cette richesse peut aussi poser des problèmes d'organisation : il y a en Chine... 53 dialectes différents, souvent (très) éloignés du mandarin ! Tout le monde est sensé parler le mandarin, mais Denise qui vient de la province du Fujian (en face de Taiwan) nous disait que les personnes âgées ne parlaient que leur dialecte. Dans le même genre, il n'y a pas moins de... 27 systèmes d'écriture différents, et quand je dis différents, ce ne sont pas trois caractères qui varient, ce sont des logiques et des styles totalement distincts. Différents, cela veut dire cela !


Les temples sont une bonne occasion de se rendre compte de cette diversité linguistique chinoise. Ici, un temple du Yonghegong à Pékin. Le troisième système d'écriture est du Chinois Han (traditionnel, moi j'étudie le simplifié), et il doit y avoir du tibétain, du mongol et encore autre chose... mais lequel est lequel ?

En plus des problèmes de langue(s), il y a un phénomène qu'en France nous assimilerions peut-être à du communautarisme. En effet, l'ethnie Han est tellement majoritaire que les autres ont parfois tendance à se replier sur leur propre identité. Un bon exemple dont on m'a parlé est l'ethnie Hui, qui est une ethnie musulmane, qui s'est répandue le long de la Route de la Soie, et qui est particulièrement présente à Pékin mais aussi à Xi'an par exemple. Visiblement, les Hui mangent entre eux, et seulement leur propre nourriture, et de manière générale, ils vivent entre eux et forment une communauté en situation d'infériorité numérique, qui est forcée de développer l'entraide.

Ce sujet mériterait bein entendu un plus grand approfondissement, mais voilà quelques bases de réflexion que l'on ne connaît pas forcément en France, où l'on parle souvent du "monde chinois" (en référence à un livre de Jacques Gernet). Sans spécialement remettre en cause le concept d'unité de la Chine, il ne faut pas exagérer l'homogénéité de la population et des modes de vie chinois. Mais, à la limite, tant mieux, cela participe de la grande richesse de ce pays hors du commun.

Pour être plus complet, il faudrait parler de la diaspora chinoise dans le monde entier, qui elle aussi participe à l'édification des repères identitaires, mais j'aborderai d'autres questions dans les prochains articles avec les questions démographiques.
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Published by Val - dans Géographie
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