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Je m'appelle Valentin Chaput, ou Xia Bing
en chinois (夏冰 : "glace de l'été"). En 2007-2008, l'année de mes 20 ans, j'ai eu la chance de partir un an apprendre le mandarin à Pékin dans le cadre de ma troisième année à Sciences Po Paris. J'étudiais à l'université de langues étrangères de Pékin, connue en Chine sous le nom de BeiWai, abbréviation de Beijing Waiguoyu Daxue (北京外国语大学).

Vous trouverez sur ce blog le récit de ma vie pékinoise en cette année olympique, des photos de mes voyages et des dossiers thématiques pour découvrir à mes côtés la richesse de la civilisation chinoise. J'espère que vous prendrez du plaisir à parcourir ce blog, et qu'il vous donnera envie de vous rendre en Chine à votre tour !

谢谢

 

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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 03:58
La carte étant désormais plus large que longue, il n'est plus possible de la mettre sur la barre de droite du blog. Je la publie donc ici. C'est là qu'on se rend vraiment compte de la distance couverte en un mois. Tout d'abord l'extrême nord avec Harbin, qui est déjà à une journée de train de Pékin. Puis le centre-sud avec le soleil du Yunnan. Enfin le grand ouest, avec le Gansu et le Xinjiang. Je vais suivre cet ordre chronologique pour vous raconter ce voyage progressivement.

CARTE-VAL.jpg
Vous pouvez remarquer également les régions qu'il me reste à découvrir, avec les deux trous au sud-est et au sud-ouest. A l'ouest, il faut savoir qu'il ne reste que le sud avec le Tibet. Tout le reste est désertique et/ou inhabité. En revanche, il reste tout le sud-est, de Nanjing à Hong Kong en passant par les trésors du Sichuan et la région de Shanghai. Super, d'autres voyages en perspective !

Je vous laisse pour le moment avec la carte uniquement, mais vous aurez bien plus dans les prochains jours...
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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 13:42
Il y a déjà eu quelques indices sur le blog depuis quelques jours... je dois malheureusement vous annoncer que tous les blogs de la plate-forme Over-blog sont désormais bloqués en Chine. Mais cela ne m'empêchera pas de continuer cette aventure, car si je ne peux pas accéder au blog lui-même, l'administration reste accessible.

Je me suis aperçu du blocage à Kunming, le 19 janvier. Je dois dire que ce jour-là, cela m'a fait tout bizarre de voir mon cher petit blog "censuré". J'ai tout d'abord eu peur d'être personnellement censuré, ce qui sous-entendait que j'étais surveillé. Nous le sommes tous sur le Net, mais nous avons rarement l'occasion concrète d'en prendre conscience. Mais en réalité, j'ai rapidement vu que tous les autres blogs étaient également bloqués. Cela fait sans doute partie d'une décision de Parti de contrôler plus sévèrement le contenu participatif d'Internet. En effet, quelques jours avant le blocage du blog, j'ai lu un article qui parlait d'une probable censure de nombreux serveurs de blogs chinois, puisqu'ils permettent à tout un chacun de poster ses vidéos et commentaires en ligne et sont donc trop compliqués à contrôler a posteriori.

Bref, je rejoins le sort de tous les blogs de Sciences-potistes bloqués ici. C'est dommage pour les Chinois et Chinoises ou étrangers en Chine qui me lisaient, et m'ont d'ailleurs envoyé des commentaires qui m'ont beaucoup touchés. Car si le blog est avant tout destiné à faire partager mon expérience de la Chine aux Français qui  connaissent mal ce pays, recevoir des remerciements ou des félicitations de gens qui vivent ou ont vécu en Chine m'honore. Pour eux, il reste toujours la possibilé de passer outre les mailles du filet en utilisant un proxy comme Anonymouse dont j'ai déjà parlé. Avec le vol de l'appareil photo, c'était le point le moins joyeux du voyage...

Je voulais juste vous tenir au courant, avant de parler enfin de cette riche aventure, que j'introduirai dès demain avec une nouvelle version actualisée et en plus grand format de ma carte de voyage aux trois coins de la Chine.
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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 00:00
Sachant que j'allais être absent pour Chunjie, la Fête du Printemps, qui marque la date du Nouvel An chinois, j'ai préparé un petit article vous expliquant le système du calendrier chinois, qui n'est plus utilisé que pour fixer les dates des fêtes traditionnelles.  En effet, depuis l'instauration de la République en 1912, la Chine a adopté le calendrier grégorien qui est également le notre. Néanmoins, les fêtes traditionnelles rythment toujours l'année des Chinois, donc il est nécessaire de faire un petit point sur leur calendrier. Accrochez-vous, ce n'est pas très simple !

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Commençons par le commencement !
La tradition chinoise fait remonter la création du monde chinois aux années 2697 ou 2698 avant notre ère. Ces deux dates correspondent respectivement à la naissance et à la procréation du mythique Empereur Jaune (Huangdi). En effet, le calcul de l'âge en Chine n'est pas le même que chez nous, puisqu'à la naissance, le nouveau-né est sensé avoir déjà un an, âge qui correspond à la période de procréation. Mais ne compliquons pas les choses, qui sont déjà suffisamment complexes comme cela. Cet Empereur Jaune a donc atteint l'âge de soixante ans en -2637. Il a alors décidé d'introduire un calendrier à base sexagésimale (soixante ans donc...).
Ce système daterait en réalité des Shang, au XIIe siècle av.JC. Par la suite, les premières vraies indications retrouvées datent de l'année 841 av.JC, sous la dynastie des Zhou occidentaux. Mais la Chine n'est pas encore unifiée donc plusieurs systèmes devaient coexister. C'est une nouvelle du royaume de Qin que viendra la base, puisque la calendrier établi en 256 av.JC par ce royaume sera étendu à tout l'Empire lors de sa création. La date importante est 104 av.JC, lorsque l'Empereur Wudi de la dynastie Han officialise le calendrier traditionnel qui est toujours en vigueur aujourd'hui.

Le calendrier soli-lunaire :
Comme pour beaucoup de civilisations, le calendrier traditionnel chinois est basé sur les événements astronomiques les plus évidents et les plus importants pour la vie humaine : les cycles du Soleil et de la Lune. La Chine a basé son système de calcul sur la Lune (d'ailleurs, yue, 月, est le caractère qui signifie à la fois la Lune et le mois). Par conséquent, une année comporte douze mois lunaires de vingt-huit à trente jours. Mais avec cette base, le cycle du Soleil (365,25 jours environ !) et l'alternance des saisons ne sont pas respectés. Un treizième mois lunaire est donc ajouté à sept reprises pendant un cycle de dix-neuf ans, soit tous les deux ou trois ans (phrase à relire deux fois pour comprendre ;-)). Ce "treizième" mois n'est en fait jamais le treizième, car il vient s'intercaler quelque part entre le premier et le douzième, en prenant le numéro de celui auquel il succède ainsi qu'un marqueur spécifique ; cela peut théoriquement être n'importe quel mois, à condition qu'il ne comporte pas de changement de signe du zodiaque, mais là, cela devient inutilement compliqué pour les prétentions de mon petit article !
De cette façon, la règle veut que le solstice d'hiver tombe forcément durant le onzième mois lunaire (règle héritée des Qin). Deux mois plus tard, c'est une nouvelle année qui commence avec la Fête du Printemps. Le système veut que le début du premier mois lunaire tombe toujours entre le 21 janvier et le 20 février de notre calendrier à nous. Puis l'équinoxe du printemps tombe forcément dans le deuxième mois, le solstice d'été dans le cinquième et l'équinoxe de l'automne dans le huit!ème. Voilà pour les règles de base, car après, il y a des implications astrologiques, avec les signes du zodiaque notamment qui font la richesse de l'astrologie chinoise. Je laisse ceux qui sont intéressés faire de plus amples recherches par eux-mêmes. Le système de décompte des années du cycle sexagésimal, surnommé jiazi, est lui aussi particulièrement complexe, avec la combinaison d'une des dix tiges célestes et d'une des douze branches terrestres, sans compter l'influence du Yin et du Yang, des cinq éléments et des huit caractères sensés influencer notre destin ! Que du bonheur !

L'alternance des douze animaux du zodiaque chinois :
L'animal qui symbolise chaque année, voilà enfin un concept un peu plus simple à vous expliquer par écrit ! Selon la légende, le premier Bouddha invita les animaux pour célébrer la nouvelle année. Ils arrivèrent dans cet ordre de rapidité, complètement absurde au vu des dispositions athlétiques de chacun : le rat, le boeuf, le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe, le coq, le chien et le cochon ! Le rat a d'ailleurs triché en se mettant sur le dos du boeuf jusqu'à l'arrivée. Cet ordre a été conservé : -2697 (ou -2698) était donc l'année du rat... comme 2008, qui est l'année du rat de terre jaune pour être tout à fait complet !
Le rat a une connotation bien plus positive ici qu'en Occident, puisqu'il est amical et curieux. En revanche, il n'hésite pas à se montrer matérialiste et manipulateur pour arriver à ses fins. Pour ceux qui ne connaisse pas leur signe (ce qui est impensable pour un Chinois !), c'est facile de compter puisque 2008 marque le début d'un nouveau cycle de douze ans. Pour ceux qui sont nés en 1987 comme moi, nous sommes de l'année du lapin !
Retenez juste que pour simplifier, l'histoire chinoise compte les années comme dans l'Empire romain, en fonction des Empereurs, qui représentent chacun une ère nouvelle (par exemple : la neuvième année du règne de Qianlong etc.). Pourtant, si l'on se reporte toujours au calendrier de l'Empereur Jaune, sachez que notre monde est actuellement à l'aube de sa 4706e année, c'est-à-dire la vingt-cinquième année du soixante-dix neuvième cycle sexagésimal !

Ouf... Bonne année ! 

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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 03:54
Chers lecteurs,
dans un mois, le blog fêtera ses six mois. A cette occasion, quelques changements importants sont à prévoir. Vous en saurez plus le moment venu. Avant cela, comme je vais encore m'absenter pendant la majorité des jours à venir, je vous propose un sixième Chinezz Quizz, qui sera également le dernier. Lors des quatre premiers quiz, le principe était de vous faire estimer des prix, quantités, durées. L'intérêt était au final assez limité. Pour le cinquième quiz, j'avais proposé une série de dix questions, auxquelles tous les participants avaient bien répondu ou presque. Certains se retrouvent donc avec beaucoup de points d'avance, car ils ont participé à tous les quiz. Ce sixième quiz offre potentiellement les points nécessaires pour qu'un nouveau venu puisse l'emporter. Car le problème, c'est que beaucoup de lecteurs sont arrivés en cours de route et n'osent pas se lancer.

Chacune de ces dix questions vous rapportera de 1 à 10 points : 1 point si votre réponse est fausse, 5 points si je juge que votre réponse, bien qu'inexacte, est proche de la bonne, et 10 points pour une bonne réponse. Dix bonnes réponses vous donneront 100 points. En plus de cela, le quiz s'étendant sur un mois, il y aura une prime aux plus rapides : respectivement 15, 10 et 5 points supplémentaires aux trois premiers à répondre à la totalité des questions (même si les réponses sont fausses). Je vous rappelle également que des points sont à gagner avec les votes pour la meilleure photo et le meilleur article. Bref, il y a assez de points pour que le classement actuel évolue. N'hésitez pas à jouer, quelque soit votre nombre de point avant ce quiz ! Je vous rappelle le prix pour le gagnant : un repas offert dans un restaurant chinois à Paris ou Pékin. Les participants arrivés en 2e et 3e positions auront également un cadeau, pour le moment tenu secret.

Une nouvelle fois, vous pouvez me répondre aux adresses suivantes : valentinchaput@hotmail.com ou valentin.chaput@sciences-po.org. Il est possible de répondre en plusieurs fois, si certaines questions nécessitent des recherches en dehors du blog, ou dans les premiers articles. Je vous rappelle que le sommaire sur la droite peut vous aider à accéder aux anciens articles plus facilement. Le quiz s'achèvera le 15 février prochain.

Voici les dix questions de ce dernier quiz :

1) Au cours de mon mois de vacances, je vais visiter notamment les villes de Chengdu, Kunming, Lanzhou, Xining (il est possible que cette ville saute faute de temps donc j'accepte une petite marge) et Urumqi. Au total, depuis mon arrivée en Chine, dans combien de provinces me serais-je rendu ?

2) Quelle est la particularité des Collines Parfumées du nord-ouest de Pékin, qui attire tous les Chinois et que j'ai raté (un peu) cette année ?

3) Quel grand temple situé en Chine et copié à Chengde ais-je visité ?

4) Qui était en réalité Lao She, dont j'ai fréquenté la maison de thé à Pékin ?

5) Sous quel ancien nom la ville de Xi'an était-elle connue il y a un millénaire ?

6) Quelle est la ville la plus peuplée de Chine ?

7) Sous quelle dynastie les Mongols ont-ils gouverné la Chine ?

8) Quel lieu avons-nous visité à Mengniu ?

9) Quel film chinois de ma sélection est sorti en France mais a été censuré en Chine ?

10) Quel nom célèbre dans l'histoire chinoise est associé au Palais d'été de Pékin ?

Bonne chance !
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12 janvier 2008 6 12 /01 /janvier /2008 16:40
On ne peut pas parler d'Internet en Chine sans parler de l'essor fulgurant des jeux en ligne. Comme certains lecteurs doivent être néophytes dans ce domaine, je commence par quelques explications techniques basiques... Le jeu vidéo se joue souvent sur des consoles dédiées à ces loisirs (PlayStation, XBox, Wii, Game Boy etc.) ou sur PC. Chaque plate-forme a ses styles de jeux privilégiés, et dans le cas du PC, la précocité du jeu en réseau a assuré le succès des jeux de tir à la première personne comme Counter Strike et des jeux de stratégie en temps réel comme Warcraft III ou Starcraft. Plus récemment, un nouveau type de jeu est apparu, surnommé "MMORPG" (pour "Massive Multiplayer Online Role Playing Game", donc des jeux de rôle en ligne). Le principe est simple : vous incarnez un personnage, et vos amis derrière leurs ordinateurs dans le monde entier ont également le leur. Vous évoluez sur un monde dit "persistant", c'est-à-dire que contrairement aux jeux qui ne se jouent pas sur Internet, l'univers de jeu continue sa progression pendant votre absence en fonction des actions des autres joueurs connectés. Cela peut entraîner les fameux phénomènes d'addiction dont on parle souvent, puisqu'il faut passer le maximum de temps en ligne pour que le monde n'avance pas trop vite sans votre personnage !

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La Chine, comme d'autres pays, a connu ses quelques cas de joueurs morts pour être restés trop longtemps connectés sans dormir ni s'alimenter. Mais ce phénomène est très marginal comparé aux enjeux qui se cachent derrière ces jeux. Car les jeunes Chinois urbains se sont rués sur ces expériences nouvelles, jouables en ligne. Dans ce domaine, le jeu qui a le plus de succès, en Chine comme dans le reste du monde, est World of Warcraft (ou Moshou Shijie en Chinois : 魔兽世界), un MMORPG édité par le talentuex studio Blizzard Entertainment. Plus de dix millions de joueurs payent leur abonnement mensuel pour participer à cet univers d'heroic-fantasy peuplé d'elfes, d'orques et d'autres créatures magiques. Sur ce total impressionnant pour un jeu en ligne, une bonne partie des joueurs se trouve en réalité en Chine ! Les autorités ont d'ailleurs tenté de réduire le temps de connexion maximal à trois ou cinq heures d'affilée, sans grand succès.

Burning-crusade.jpg
En effet, derrière le simple jeu se cache un véritable business. Je vous ai expliqué que le principe des MMORPG était l'évolution du monde en continu, avec la contrainte de consacrer un temps conséquent à une telle aventure, pour progresser au même rythme que ses alliés et ses ennemis. Seulement, certains joueurs occidentaux n'ont pas le temps de consacrer autant de temps à leur passion, mais ils souhaitent malgré tout profiter du jeu. Face à cette demande, des réseaux chinois ont créé un système permettant à des ouvriers chinois de faire évoluer le personnage pour le joueur occidental trop occupé, qui le récupère une fois qu'ila le temps de jouer. Ces ouvriers d'un nouveau genre sont appelés les Gold farmers, en référence aux paysans cultivateurs et mineurs d'or du jeu Warcraft III, dont est issu World of Warcraft, et dont le but est de construire et entretenir une armée pour vaincre celle de l'adversaire. Bref, ces "fermiers d'or" sont des travailleurs de l'ombre, dont l'activité consiste à jouer pour que d'autres joueurs jouent mieux plus tard. Sauf que nous sommes en Chine, et que ces fermiers un peu particuliers peuvent travailler des heures et des heures pour des sommes très faibles.

En dehors des quelques jeux en ligne les plus joués, les Chinois sont encore très peu consommateurs de jeu vidéo, bien moins que leurs voisins japonais bien sûr. Nul doute toutefois que les centaines de millions de  joueurs potentiels et l'accroissement du nombre d'ordinateurs ou de téléviseurs vendus vont pousser l'industrie vidéoludique à investrir massivement en Chine dans les années à venir.
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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 10:54
Au début de notre séjour à Pékin, nous étions surpris par le faible nombre de points d'accès à Internet en Chine. Rappellez-vous de nos "sessions Starbucks" pour que je puisse mettre à jour le blog avant d'avoir Internet dans ma chambre. En réalité, la Chine est plus "connectée" que ce que nous pensions. En tout cas dans les villes, car à Mengniu, dans le petit village que nous avons parcouru en Mongolie Intérieure, le terme même de shang wang était inconnu ou presque. La contrainte avec la Chine, c'était d'adapter Internet à l'écriture en caractères (si vous vous demandez toujours comment écrire en Chinois sur un ordinateur, reportez-vous à l'article sur l'écriture d'un SMS, le système est le même). Certains sites anglo-saxons ont donc créé des versions chinoises de leurs contenus, comme Google et Yahoo, qui ont connu un certain succès. Mais le plus simple et le plus lucratif pour les petits visionnaires du Net chinois, c'était encore de créer de toute pièce des sites ou services équivalents à ceux qui marchaient déjà dans le reste du monde ! Ainsi Baidu ressemble à s'y méprendre à Google, QQ a copié la messagerie instantanée de Microsoft, MSN Messenger, et Xiaonei est un clone intégral de Facebook. Surfons ensemble sur les grands acteurs du web chinois ! J'ai mis des liens à chaque fois pour que vous puissiez vous rendre sur ces sites.

Sites-Web.jpg
Baidu, QQ, Xiaonei, ces interfaces ne vous semblent pas familières ?

Baidu (www.baidu.com) est considéré comme le site le plus utilisé en Chine. En plus de proposer le meilleur moteur de recherche en langue chinoise, Baidu est la plus grande plate-forme de téléchargement (entièrement gratuit !) de toute la musique chinoise... et internationale pour les tubes qui marchent en Chine. Imaginez simplement que Google propose la même offre chez nous... En Chine, le débat sur les droits d'auteurs n'a pas lieu d'être, comme je vous l'ai déjà dit au sujet des copies de DVD à mois d'un euro. Les chanteurs vedettes gagnent toujours des sommes folles, mais c'est grâce à la publicité, aux films dans lesquels ils jouent, aux concerts qu'ils donnent. C'est une donnée à prendre ne compte dans nos débats en France sur la question du téléchargement.

Derrière Baidu, QQ (www.qq.com) est l'équivalent chinois de Microsoft Hotmail, avec également l'application MSN Messenger, qui est un succès. Cela n'empêche pas que beaucoup de Chinois utilisent le MSN original. C'est d'ailleurs très utile de converser sur MSN en Chinois avec Denise ou Alicia, car cela me permet de réfléchir rapidement à des phrases courtes et usuelles et de pouvoir demander un mot manquant si nécessaire.

Troisième acteur majeur, le site Sina (www.sina.com.cn) qui est une sorte d'immense plate-forme qui propose informations, forums, comptes personnalisés. Le site affiche des statistiques impressionnantes : c'est le premier site chinois à avoir été côté au Nasdaq, fort de plus de cent millions d'utilisateurs enregistrés et de trois milliards de pages consultées... quotidiennement ! Mon modeste blog en est encore loin ;-)

Ensuite, Google est positionné dans ce Top5, de même que Baotao qui est également un site multi-usage dans le registre de Sina (www.google.cn et www.baotao.cn). Dernier site dont je voulais vous parler ici, Xiaonei (www.xiaonei.com) qui est en passe de devenir le pendant chinois du site communautaire étudiant américain Facebook. Il y aurait déjà un million et demi d'étudiants chinois connectés, ce qui reste certes loin des cinquante-cinq millions d'utilisateurs de Facebook, mais le service est ici limité à la Chine ou à ceux qui parlent Chinois. Mais la comparaison Facebook-Xiaonei ne s'arrête pas là : les deux sites sont quasiment identiques, en terme de couleur, d'interface, de services...

Internet, quelle invention incroyable quand même. Quand je suis né il y a vingt ans, l'Internet pour particulier n'existait pas encore. A dix ans, mes parents ont acheté notre premier véritable ordinateur capable de se connecter sur le web. Et dix ans plus tard, me voilà en train de rédiger mon blog ! Internet est aujourd'hui indispensable pour nous, et je l'ai vraiment ressenti à Mengniu justement, en essayant d'imaginer que, comme ces gens, Internet me soit totalement étranger. Impensable ! Je pense même qu'un Chinois urbain et moderne, en partie grâce à Internet, est plus proche d'un Français que d'un paysan de son propre pays. Toujours est-il qu'après cette petite revue du Net chinois, je vous ai préparé pour demain un article sur le phénomène grandissant des jeux en ligne en Chine.
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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 07:56
Qui dit fin de semestre dit adieux déchirants avec ceux qui ne reviennent pas pour la deuxième moitié de l'année. Nous avons un dernier repas ce soir, et puis nos routes se sépareront pour quelques temps, avant de se recroiser en Chine ou ailleurs. Nous avons vraiment eu de la chance car notre groupe a très bien fonctionné. Cela n'était pas joué d'avance car nous venions tous d'horizons très différents, l'écart d'âge allait de 16 à 26 ans, et notre niveau initial en Chinois ne nous permettait pas de communiquer énormément entre nous en mandarin, notamment avec les Asiatiques qui ne parlent pas forcément Anglais.

Le groupe n'a jamais dépassé les douze étudiants, ce qui était idéal pour bien progresser. Certains étudiantsétaient présents pour de courtes périodes uniquement : Make (Marco, Allemagne) qui était avec nous jusqu'aux vacances d'octobre, Sarah (USA) qui a préféré changer d'université car elle habitait trop loin de BeiWai, Andelu (Andrei, Russie), qui finissait son lycée à Moscou et était juste présent un mois et demi pour avoir le niveau suffisant requis pour étudier le Chinois à l'université. D'autres nous ont quitté à Noël : Shanpu (Japon) et Kamila (Kazakhstan). Le reste des troupes était présent jusqu'au bout : Jean et Yacine de Sciences Po, Jonas et Anne (Allemagne), Patrick (USA), Heiqi et Xijing (Japon), Han Bie (Corée du Sud) et moi-même, le délégué de la classe.

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A la Maison de thé de Lao She, de gauche à droite : Kamila, Xia Bing, Shanpu, Jonas, Jean, Anne, Han Bie, Zhao laoshi (kouyu), Wu laoshi (hanyu), Yacine et Xijing.

Nous avons vraiment beaucoup rigolé en cours et en dehors. C'était notamment très amusant de communiquer en Français avec Jean et Yacine, pour dire combien un exercice nous ennuyait ou combien un texte était absurde. C'est une liberté que nous n'aurons peut-être plus au second semestre car il y a peu de chances que nous soyons de nouveau dans le même groupe. Cette bonne ambiance a été renforcée par nos trois professeurs, toutes très sympathiques. Nous leur avions d'ailleurs composé une chanson pour le spectacle de Noël. Ce grand moment de musique nous avait conduit à la troisième place ex-aequo du concours. Malheureusement, le CD promis par l'administration n'est toujours pas arrivé, donc il faudra vous contenter des paroles et de leur traduction.

Ban-2.jpg
Au restaurant japonais, en haut : Heiqi, Andrei, Han Bie ; en bas : Jean, Xia Bing et Zhao laoshi.

Nous avons repris l'air de We wish you a Merry Christmas :

We wish you a Merry Christmas, we wish you a Merry Christmas,
we wish you a Merry Christmas and a Happy New Year,

我们的班有三位老师,
她们都很漂亮,可是常常生气!

我们每天迟到(了),我们每天聊天(了),
我们每天不明白(了),可是都没关系!

我们不要听写,我们不要作业,
我们最喜欢游戏,所以不要学习!

We wish you a Merry Christmas...

听力"A还是B",我们没有主意,
老师声音很大,我们睡不了觉!

我们的班有三位老师,
她们都很漂亮,可是常常生气!

We wish you a Merry Christmas...

我们最爱我们的老师,
她们都很可爱,所以谢-谢-你-们!

Ban-3.jpg
A l'école maternelle de Pékin : Xia Bing, Jonas, Jean, Xijing, Heiqi, Patrick, Han Bie, Yacine, Wu laoshi et Anne.

Si vous voulez le chanter, cela donne la prononciation suivante :

We wish you a Merry Christmas...

Women de ban you san wei laoshi,
tamen dou hen piaoliang, keshi changchang shengqi !

Women meitian chidao le, women meitian liaotianr le,
women meitian bu mingbai le, keshi dou mei guanxi !

Women bu yao tingxie, women bu yao suoye,
women zui xihuan youxi, suoyi bu yao xuexi !

We wish you a Merry Christmas...

Tingli "A haishi B", women mei you zhuyi,
laoshi shengyin hen da, women shui bu liao jiao !

Women de ban you san wei laoshi,
tamen dou hen piaoliang, keshi changchang shengqi !

We wish you a Merry Christmas...

Women zui ai women de laoshi,
tamen dou hen ke'ai, suoyi xie-xie-ni-men !


Ban-4.jpg
Notre dernière soirée avec les professeurs, en haut : Jean, Jonas, Patrick, Yacine, Xia Bing ; en bas : Wu laoshi, Anne, Zhao laoshi, Wang laoshi (tingli).

Enfin, en Français, voici une traduction approximative, car nous avons été obligé de mettre quelques fautes pour tenir le rythme et les rimes !

Nous vous souhaitons un Joyeux Noël...

Notre classe a trois professeurs,
elles sont toutes très jolies, mais s'énervent souvent !

Chaque jour nous sommes en retard, chaque jour nous bavardons,
chaque jour nous ne comprenons rien, mais il n'y a pas de problème !

Nous ne voulons pas de dictées, nous ne voulons pas de devoirs,
nous aimons seulement les jeux, c'est pourquoi nous ne voulons pas étudier !

Nous vous souhaitons un Joyeux Noël...

En Tingli "A ou B", nous n'en avons aucune idée,
la prof' parle trop fort, nous ne pouvons pas dormir !

Notre classe a trois professeurs,
elles sont toutes très jolies, mais s'énervent souvent !

Nous vous souhaitons un Joyeux Noël...

Nous aimons trop nos professeurs,
elles sont toutes adorables, donc merci-à-vous !

Le prochain semestre nous réservera certainement d'autres aventures humaines aussi exceptionnelles !
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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 07:26
Le premier semestre s'achève. Il sera passé bien vite au final... Certes le début de l'année, nos premiers jours un peu galères où nous ne comprenions absolument rien, ou même les souvenirs de la France me paraissent loin, mais comme nous n'avons pas eu le temps de nous ennuyer ici, ces quatre mois et demi ont été très rapides ! Même si notre niveau de mandarin reste "élémentaire" pour le moment (il paraît que nous avons le même niveau que les enfants de... moyenne section de maternelle !), nous mesurons nos progrès. Si nous manquons de vocabulaire dans beaucoup de domaines, nous pouvons désormais expliquer le mot ou l'expression que l'on cherche avec notre niveau de langue. Malgré ma prononciation peu rigoureuse, je me fais très bien comprendre en général. Comprendre les Chinois n'est pas toujours évident en revanche, notamment les Pékinois dans la rue qui ne font aucun effort pour articuler ! A l'écrit, nous pouvons désormais reconnaître un peu moins de 2000 carcatères, et je pense savoir en écrire environ 1500. La route est encore longue, et un an n'est sûrement pas suffisant pour parler, lire et écrire un bon Chinois, mais nous pouvons déjà nous débrouiller dans la vie quotidienne !

La méthode d'apprentissage du Chinois est certes rébarbative pour des gens de notre âge, mais elle montre son efficacité à long terme. La régularité paye. C'est ainsi que j'ai eu de bons résultats à mes examens finaux (92,5 en hanyu, 87 en kouyu et 87,5 en tingli). Au final, mes notes finales sur l'ensemble du premier semestre sont plutôt élévées : 95 en hanyu, 90 en kouyu et 91 en tingli, soit 19, 18 et 18,2 sur 20 si l'on prend un barème français ! Mais cette comparaison n'a aucun sens, car ici, le système est fait de telle sorte que tout le monde ait plus de la "moyenne" fixée à 60/100. Les notes de la majorité des étudiants de notre niveau oscillent entre 85 et 95 (au second semestre, ce sera plus dur naturellement...). Je suis particulièrement fier de ma note en hanyu, car c'est la matière que j'ai le plus travaillé, et de mes progrès en tingli, qui était un peu notre bête noire en début de semestre. Nous comprenions 25% des dialogues, et nous sommes désormais à 80-90%, ce qui est très encourageant. Comme pour toutes les langues à l'oral, c'est à force de pratique que l'on réussit à comprendre et se faire comprendre. Il y a eu une sorte de déclic assez net il y a environ un mois et demi.

En tout cas, ce premier semestre a vraiment été très satisfaisant, grâce aux très bonnes conditions d'enseignement (autour de dix élèves par classe, mais le nombre descend plus souvent à six pour les cours à 8h du matin ;-)), à l'attention des professeurs et de l'administration, et à la bonne ambiance générale qui règne dans cette université, sérieuse mais sympathique ! Les partenariats linguistiques, notamment avec Alicia, m'auront également permis d'acquérir du nouveau vocabulaire, et de discuter d'autres sujets en rapport avec la Chine, les Chinois et leurs modes de pensée, car la confection de raviolis chinois, le déménagement ou la réparation du vélo sont des thèmes de vocabulaire importants mais pas très passionnants sur le fond. Pour résumer le message, s'il y a des étudiants qui hésitent à tenter l'expérience chinoise (qui peut faire peur au départ pour tous les changements qu'elle entraîne), il faut se lancer et vous ne le regretterez pas !
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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 13:53
Internet en Chine, voilà un sujet inévitable pour un blog qui souhaite présenter les évolutions chinoises à l'aube de cette année olympique si importante pour Pékin. Google qui n'accepte pas les recherches pour les mots-clés "liberté" ou "démocratie", Yahoo qui vend des informations confidentielles à Pékin, les sites et blogs censurés par milliers, l'interdiction très récente pour les Chinois de publier leurs propres vidéos sur les sites non-contrôlés, sans parler du scandale des "hackers rouges" l'an dernier... vous avez suivi tous ces développements, qui vous auront certainement scandalisés. Pourquoi les sites occidentaux acceptent-ils ces compromissions ? L'argent sans doute... Mais la question essentielle est de savoir comment les autorités chinoises arrivent à contrôler, au moins en apparence, cet espace qui est par nature incontrôlable. Je vais essayer de vous fournir quelques éléments que j'ai pu récolter à ce sujet, pour rétablir certaines vérités et en révéler d'autres, à partir d'une conférence à laquelle j'ai assisté l'an dernier à Sciences Po ainsi que de quelques expériences faites depuis Pékin.

L'idée de cet article m'est venue dès le début du blog bien entendu, mais ce qui m'a décidé définitivement, c'est la découverte d'une option inattendue sur ma page de connexion. En effet, l'université propose un service d'Internet par câble, et il faut donner ses identifiants à chaque début de session. Or sur la droite de la page, une petite case qui semble anodine est cochée : "允许出国 - Enable to visit foreign IP" (autrement dit : "Autorisé à visiter les sites étrangers"). Après prise de renseignements, les étudiants de BeiWai ont tous accès au Net mondial, mais à Beida, l'Université de Pékin, certainement beaucoup plus sensible politiquement, l'accès à l'Internet international coûte beaucoup plus cher aux étudiants chinois que l'accès au seul réseau chinois ! Mais comment font-ils la distinction entre ce qui est chinois et ce qui ne l'est pas sur un système virtuel sans frontières nationales, me direz-vous ?

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C'est là que cela devient intéressant ! Regarder le schéma que j'ai grossièrement créé pour vous ci-dessus. Voici la clé du mystère ! Prenons l'image traditionnelle de la toile d'araignée, qui a donné son sens au "web". Les sites du monde entier sont tous reliés entre eux (traits verts sur mon schéma), par des systèmes de liens, ou simplement parce que les serveurs utilisés peuvent provenir d'un autre pays que celui dans lequel vous êtes connectés. Il n'y a pas de frontières, de multiples interconnexions, et les contrôles sont très durs et très longs. Mais le Net chinois a la particularité d'être "coupé" du reste du monde virtuel (toile rouge à droite). Il existe bel et bien une "frontière", ou plutôt un poste de douane, qui contrôle les flux dans tous les sens : "monde-Chine" (traits bleus) et "Chine-monde" (trait rouge), mais aussi "Chine-Chine" ! Toutes les informations passent par ce point. On y trouve un détecteur, sans doute comparable à ceux qu'utilise le système d'écoute américain "Echelon" qui contrôle tous les messages avec les mots "attentat", "terrorisme" etc. Pour les Chinois, les mots à repérer sont différents, mais le concept est identique. Il suffit alors de bloquer purement et simplement tout ce qui gêne, en interdisant à ces informations de "passer la frontière".

Cela aboutit à de fameux exemples, comme celui des résultats différents pour une recherche "Tian'anmen" sur Google France et Google Chine (voir ci-dessous). Notez au passage que Google France et tout son contenu sont accessibles depuis la Chine, contrairement à ce que l'on entend souvent en Europe. En revanche, certains sites sont totalement bloqués : Wikipédia, l'intégralité des blogs des plate-formes "blogspot" ou "skyblog" (désolé chers amis de Sciences Po, je ne peux pas suivre vos aventures autant que j'aimerais pouvoir le faire... il fallait prendre over-blog !), ou des sites divers et variés, totalement inoffensifs pour la Chine, comme celui de Plaisir d'images par exemple ! Mais là encore, comment arrivent-ils à bloquer les ordinateurs chinois "de l'extérieur" ? Très simple, nos ordinateurs ont une adresse IP qui leur est propre, et qui permet de localiser les ordinateurs quise trouvent en Chine, même s'ils ne sont reliés par aucun câble grâce au Wi-fi. Il existe toutefois une parade : Anonymouse, et d'autres "proxys", qui permettent de cacher l'adresse IP, et de surfer sans frontières. Et oui, il y a toujours une faille, et potentiellement, chaque Chinois a accès à l'intégralité du Web mondial, mais...

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La comparaison des résultats pour les recherches "Tian'anmen" sur Google est intéressante. Si vous ne trouverez aucune trace des événements de 1989 sur le web chinois, sur le site français, les photos de la place elle-même sont reléguées au second plan.

Mais quelle est la menace représentée par des sites francophones, germanophones ou rédigés en d’autres langues, alors que la grande majorité des Chinois ne parle... que le Chinois !? Quant à ceux qui parlent assez bien l'Anglais ou d'autres langues étrangères, ils appartiennent aux classes élévées de la société. Par conséquent, ils sont déjà tout à fait au courant de ce qui se passe dans leur pays... et ils sont volontairement complices de ce système qui, malgré ses quelques défauts, leur assure une croissance à deux chiffres et le doublement de leur salaire en cinq ou six ans. C'est pourquoi je me permets d'écrire un tel article. Avec ce contenu, mon blog pourrait-il être censuré en Chine ? Je me suis bien entendu posé la question, mais je ne le pense pas, car mon blog est en Français, mon lectorat est quasi-uniquement Français et tout simplement, de telles infos sont disponibles ailleurs sur le Net, et j'y ai eu accès depuis ici.

Par contre, un tel contenu en Chinois aurait une durée de vie très limitée. Car il pourrait toucher toute la population chinoise. Le Net chinois est une véritable chance pour les dissidents, le seul moyen d'expression qu'il leur reste (bien qu'ils ne le gardent pas longtemps en général). Mais dans ces cas-là, la réplique est immédiate, les informations sont censurées. Fait intéressant, la censure est le plus souvent une auto-censure. Le Net chinois est immense, et malgré les technologies mises en oeuvre, impossible à contrôler intégralement en temps réel. La plupart du temps, ce sont donc les hébergeurs de sites et forums qui modèrent le contenu de leurs pages, afin d'éviter une éventuelle future censure ! Dans ces conditions, les données du problème changent, et le travail des censeurs est simplifié. Ce travail est pourtant voué à devenir de plus en plus dur, car il est impossible de surveiller des millions d'internautes et de sites.

L'évolution de l'Internet chinois s'annonce aussi incertaine que passionnante. Je vais consacrer d'autres articles au phénomène Internet en Chine. Cette fois-ci, il s'agira de vous présenter quelques grands sites chinois, et parfois leur étrange ressemblance avec des cousins anglo-saxons. Comment ne pas parler non plus de l'explosion des jeux vidéos en ligne qui attirent la jeunesse... et quelques profiteurs sans scrupules ! A suivre donc...
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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 16:59
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Fin de cette série sur le cinéma chinois, sous forme de question. Comme pour la géographie, c’est une nouvelle fois la question de l’avenir de la Chine en général et de son cinéma en particulier qui m’intéresse ici, et ma réponse sera à double tranchant.

Le cinéma chinois émerge, incontestablement, au niveau mondial. Les films à gros budgets dépassent leurs frontières asiatiques traditionnelles et les recettes d’exploitation sont également excellentes aux Etats-Unis et en Europe. Citons par exemple Tigre et Dragon, Hero, Le Secret des Poignards Volants etc. Les films d’auteurs sont aussi particulièrement à l’honneur en Occident, avec les succès critiques de Still Life, Une Jeunesse Chinoise ou encore, pour coller à l’actualité, de Lust, Caution. Depuis quelques années, ces films remportent tous les prix dans les grands festivals de cinéma. Le fait que la plupart de ces films soient partiellement ou totalement censurés en Chine contribue en partie à cet attrait grandissant pour ce que les Chinois ont à nous dire de nous et d’eux-mêmes à travers leurs films. C’est un phénomène assez nouveau : nous parlons désormais du cinéma chinois avec admiration, nous connaissons les grands noms du moment et surtout, nous regardons des films chinois ! Le cinéma a donc accompagné la Chine dans son émergence sur le devant de la scène internationale, et d’ailleurs, le cinéma a sûrement participé à cette ouverte de la Chine moderne au monde.

Mais je remarque également l’effet inverse : si le monde s’est intéressé au cinéma chinois, quelques-uns des principaux meneurs du cinéma chinois sont désormais plus intéressés par ce qui se passe en dehors de chez eux. Côté réalisateurs, citons John Woo (Volte-Face, Mission Impossible 2 etc.), Ang Lee (Le Secret de Brokeback Mountain) ou encore Wong Kar-Wai (My Blueberry Nights). Côté acteurs, Maggie Cheung multiplie les films en Français, Jackie Chan est une star d’Hollywood, Michelle Yeoh a été James Bond Girl dans Demain Ne Meurt Jamais, Jet Li a plus tourné aux Etats-Unis qu’en Chine ces dernières années. Bref, une partie du cinéma chinois se détourne de la Chine pour mettre son savoir-faire au profit d’autres histoires, d’autres pays. Ce n’est pas uniquement une question d’argent, car il suffit de voir les salaires des acteurs du film de cette fin d’année, The Warlords, pour comprendre que la Chine, notamment par le biais d’Hong Kong et de Taiwan, a les moyens de financer de très grosses productions. De plus, la plupart des acteurs du moment sont issus du monde de la musique, où ils ont déjà acquis fortune et notoriété (Andy Lau, Jay Chou dans La Cité Interdite, Wang Lihong dans Lust, Caution etc.)

En revanche, le problème vient peut-être du contenu des films eux-mêmes, ou plutôt de son contrôle. Si globalement je pense que les médias occidentaux se font beaucoup de fantasmes sur la censure gouvernementale en général, le cinéma est l’un des domaines où elle est réellement puissante. Il suffit de prétexter un érotisme trop cru pour écarter définitivement un film comme Une Jeunesse Chinoise de son public national. Vous avez eu une nouvelle illustration de ce problème avec le récent Lost in Beijing, un film qui décrit la vie précaire d’un couple de travailleurs pauvres dans la future capitale olympique. L’argument du sexe à l’écran a permis de restreindre la diffusion de cette image de Pékin qu’on ne saurait voir. Une nouvelle fois, c’est par l’intermédiaire de sites Internet français ou anglophones que je l’ai appris, car ici en Chine, le flot de nouvelles sorties, qui contient le même lot de grosses productions américaines qu’en France, laisse ce discret exercice de censure inaperçu des masses chinoises. Pour ces cinéastes chinois qui n’ont pas choisi de s’exiler ou de parler d’autre chose dans leurs films, il faut donc se contenter des lauriers internationaux, et compter sur les petits magasins de DVD pirates pour diffuser leur message sous le manteau.

Le bilan de cette série sur le cinéma chinois est donc contrasté. Il y a indubitablement une grande richesse et une grande qualité dans ce pays et ses artistes. Mais il est difficile de prévoir l’avenir, même à court ou moyen terme, du cinéma chinois : vont-ils accepter les ponts d’or d’Hollywood et ses sujets aseptisés, ou vont-ils continuer à jouer avec la censure pour proposer un regard différent sur leur pays et ses changements (en bien ou en mal) ? Ou bien les deux ? Pour notre plus grand bonheur de cinéphiles sinophiles !
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