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Bienvenue sur mon blog !

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Je m'appelle Valentin Chaput, ou Xia Bing
en chinois (夏冰 : "glace de l'été"). En 2007-2008, l'année de mes 20 ans, j'ai eu la chance de partir un an apprendre le mandarin à Pékin dans le cadre de ma troisième année à Sciences Po Paris. J'étudiais à l'université de langues étrangères de Pékin, connue en Chine sous le nom de BeiWai, abbréviation de Beijing Waiguoyu Daxue (北京外国语大学).

Vous trouverez sur ce blog le récit de ma vie pékinoise en cette année olympique, des photos de mes voyages et des dossiers thématiques pour découvrir à mes côtés la richesse de la civilisation chinoise. J'espère que vous prendrez du plaisir à parcourir ce blog, et qu'il vous donnera envie de vous rendre en Chine à votre tour !

谢谢

 

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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 13:53
Internet en Chine, voilà un sujet inévitable pour un blog qui souhaite présenter les évolutions chinoises à l'aube de cette année olympique si importante pour Pékin. Google qui n'accepte pas les recherches pour les mots-clés "liberté" ou "démocratie", Yahoo qui vend des informations confidentielles à Pékin, les sites et blogs censurés par milliers, l'interdiction très récente pour les Chinois de publier leurs propres vidéos sur les sites non-contrôlés, sans parler du scandale des "hackers rouges" l'an dernier... vous avez suivi tous ces développements, qui vous auront certainement scandalisés. Pourquoi les sites occidentaux acceptent-ils ces compromissions ? L'argent sans doute... Mais la question essentielle est de savoir comment les autorités chinoises arrivent à contrôler, au moins en apparence, cet espace qui est par nature incontrôlable. Je vais essayer de vous fournir quelques éléments que j'ai pu récolter à ce sujet, pour rétablir certaines vérités et en révéler d'autres, à partir d'une conférence à laquelle j'ai assisté l'an dernier à Sciences Po ainsi que de quelques expériences faites depuis Pékin.

L'idée de cet article m'est venue dès le début du blog bien entendu, mais ce qui m'a décidé définitivement, c'est la découverte d'une option inattendue sur ma page de connexion. En effet, l'université propose un service d'Internet par câble, et il faut donner ses identifiants à chaque début de session. Or sur la droite de la page, une petite case qui semble anodine est cochée : "允许出国 - Enable to visit foreign IP" (autrement dit : "Autorisé à visiter les sites étrangers"). Après prise de renseignements, les étudiants de BeiWai ont tous accès au Net mondial, mais à Beida, l'Université de Pékin, certainement beaucoup plus sensible politiquement, l'accès à l'Internet international coûte beaucoup plus cher aux étudiants chinois que l'accès au seul réseau chinois ! Mais comment font-ils la distinction entre ce qui est chinois et ce qui ne l'est pas sur un système virtuel sans frontières nationales, me direz-vous ?

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C'est là que cela devient intéressant ! Regarder le schéma que j'ai grossièrement créé pour vous ci-dessus. Voici la clé du mystère ! Prenons l'image traditionnelle de la toile d'araignée, qui a donné son sens au "web". Les sites du monde entier sont tous reliés entre eux (traits verts sur mon schéma), par des systèmes de liens, ou simplement parce que les serveurs utilisés peuvent provenir d'un autre pays que celui dans lequel vous êtes connectés. Il n'y a pas de frontières, de multiples interconnexions, et les contrôles sont très durs et très longs. Mais le Net chinois a la particularité d'être "coupé" du reste du monde virtuel (toile rouge à droite). Il existe bel et bien une "frontière", ou plutôt un poste de douane, qui contrôle les flux dans tous les sens : "monde-Chine" (traits bleus) et "Chine-monde" (trait rouge), mais aussi "Chine-Chine" ! Toutes les informations passent par ce point. On y trouve un détecteur, sans doute comparable à ceux qu'utilise le système d'écoute américain "Echelon" qui contrôle tous les messages avec les mots "attentat", "terrorisme" etc. Pour les Chinois, les mots à repérer sont différents, mais le concept est identique. Il suffit alors de bloquer purement et simplement tout ce qui gêne, en interdisant à ces informations de "passer la frontière".

Cela aboutit à de fameux exemples, comme celui des résultats différents pour une recherche "Tian'anmen" sur Google France et Google Chine (voir ci-dessous). Notez au passage que Google France et tout son contenu sont accessibles depuis la Chine, contrairement à ce que l'on entend souvent en Europe. En revanche, certains sites sont totalement bloqués : Wikipédia, l'intégralité des blogs des plate-formes "blogspot" ou "skyblog" (désolé chers amis de Sciences Po, je ne peux pas suivre vos aventures autant que j'aimerais pouvoir le faire... il fallait prendre over-blog !), ou des sites divers et variés, totalement inoffensifs pour la Chine, comme celui de Plaisir d'images par exemple ! Mais là encore, comment arrivent-ils à bloquer les ordinateurs chinois "de l'extérieur" ? Très simple, nos ordinateurs ont une adresse IP qui leur est propre, et qui permet de localiser les ordinateurs quise trouvent en Chine, même s'ils ne sont reliés par aucun câble grâce au Wi-fi. Il existe toutefois une parade : Anonymouse, et d'autres "proxys", qui permettent de cacher l'adresse IP, et de surfer sans frontières. Et oui, il y a toujours une faille, et potentiellement, chaque Chinois a accès à l'intégralité du Web mondial, mais...

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La comparaison des résultats pour les recherches "Tian'anmen" sur Google est intéressante. Si vous ne trouverez aucune trace des événements de 1989 sur le web chinois, sur le site français, les photos de la place elle-même sont reléguées au second plan.

Mais quelle est la menace représentée par des sites francophones, germanophones ou rédigés en d’autres langues, alors que la grande majorité des Chinois ne parle... que le Chinois !? Quant à ceux qui parlent assez bien l'Anglais ou d'autres langues étrangères, ils appartiennent aux classes élévées de la société. Par conséquent, ils sont déjà tout à fait au courant de ce qui se passe dans leur pays... et ils sont volontairement complices de ce système qui, malgré ses quelques défauts, leur assure une croissance à deux chiffres et le doublement de leur salaire en cinq ou six ans. C'est pourquoi je me permets d'écrire un tel article. Avec ce contenu, mon blog pourrait-il être censuré en Chine ? Je me suis bien entendu posé la question, mais je ne le pense pas, car mon blog est en Français, mon lectorat est quasi-uniquement Français et tout simplement, de telles infos sont disponibles ailleurs sur le Net, et j'y ai eu accès depuis ici.

Par contre, un tel contenu en Chinois aurait une durée de vie très limitée. Car il pourrait toucher toute la population chinoise. Le Net chinois est une véritable chance pour les dissidents, le seul moyen d'expression qu'il leur reste (bien qu'ils ne le gardent pas longtemps en général). Mais dans ces cas-là, la réplique est immédiate, les informations sont censurées. Fait intéressant, la censure est le plus souvent une auto-censure. Le Net chinois est immense, et malgré les technologies mises en oeuvre, impossible à contrôler intégralement en temps réel. La plupart du temps, ce sont donc les hébergeurs de sites et forums qui modèrent le contenu de leurs pages, afin d'éviter une éventuelle future censure ! Dans ces conditions, les données du problème changent, et le travail des censeurs est simplifié. Ce travail est pourtant voué à devenir de plus en plus dur, car il est impossible de surveiller des millions d'internautes et de sites.

L'évolution de l'Internet chinois s'annonce aussi incertaine que passionnante. Je vais consacrer d'autres articles au phénomène Internet en Chine. Cette fois-ci, il s'agira de vous présenter quelques grands sites chinois, et parfois leur étrange ressemblance avec des cousins anglo-saxons. Comment ne pas parler non plus de l'explosion des jeux vidéos en ligne qui attirent la jeunesse... et quelques profiteurs sans scrupules ! A suivre donc...

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