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Bienvenue sur mon blog !

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Je m'appelle Valentin Chaput, ou Xia Bing
en chinois (夏冰 : "glace de l'été"). En 2007-2008, l'année de mes 20 ans, j'ai eu la chance de partir un an apprendre le mandarin à Pékin dans le cadre de ma troisième année à Sciences Po Paris. J'étudiais à l'université de langues étrangères de Pékin, connue en Chine sous le nom de BeiWai, abbréviation de Beijing Waiguoyu Daxue (北京外国语大学).

Vous trouverez sur ce blog le récit de ma vie pékinoise en cette année olympique, des photos de mes voyages et des dossiers thématiques pour découvrir à mes côtés la richesse de la civilisation chinoise. J'espère que vous prendrez du plaisir à parcourir ce blog, et qu'il vous donnera envie de vous rendre en Chine à votre tour !

谢谢

 

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 10:46
En effet, il fait désormais si froid ici (au nord de la Chine du moins, car Etienne me disait qu'il faisait encore 25°C à Hong Kong) que plus rien ne pousse dans les champs désolés du Shanxi. Les huit heures de train retour dont je vous parlais dans l'article précédent m'ont permis de lire un petit livre très célèbre en Chine, mais encore trop méconnu en France. Vous me direz que j'ai utilisé un titre bien pompeux pour mon article, mais après tout, il correspond bien au titre du livre en question : Fleurs du matin cueillies au soir (朝花夕拾 : Zhao hua si shi), écrit par Lu Xun en 1926. Lu Xun (鲁迅 : 1881-1936) est considéré en Chine comme le plus grand écrivain chinois du XXe siècle. Leader d'une génération d'écrivains à l'esprit réformiste, il a été glorifié par le régime après sa mort.


Avant de partir à Pingyao, j'ai trouvé dans une librairie proche de BeiWai qui vend des livres étrangers une édition bilingue de ce petit recueil, dont nous avions parlé avec nos partenaires linguistiques à Xi'an si mes souvenirs sont bons. Comme d'habitude, je suis plein de bonne volonté au début : comme pour les Harry Potter en VO, je me suis dit que j'allais lire la version chinoise, et noter consciencieusement tous les caractères inconnus. Comme d'habitude, au-delà de la deuxième page, je me suis concentré presque uniquement sur les pages de droite, qui donnent la traduction française. J'essayerai toutefois d'en relire un bout plus sérieusement (ça, c'est juste pour satisfaire ma bonne volonté, vous savez comme moi que je ne le ferais pas ;-)).

Bref, entrons dans le vif du sujet, avec le contenu de ce recueil qui compile sept petites réflexions de l'auteur, qui raconte sous la forme d'un journal intime, des passages marquants de son enfance au début de sa vie adulte. On découvre par exemple la servante Ah Chang qui l'a élevé, la révélation de son intérêt pour la littérature, ou encore sa vocation pour la médecine au travers de l'histoire des médecins de sa ville, de l'expérience traumatisante de la mort à petit feu de son père, puis des cours qu'il reçoit de Monsieur Fujino au Japon. Bien sûr, chacun sera touché par des passages différents. Pour ma part, mes trois préférés sont les châpitres 2, 5 et 6, peut-être parce que je les ai lus plus attentivement que les autres, en profitant d'une accalmie dans l'agitation du train !


Le deuxième passage est celui où le jeune Lu Xun découvre l'intérêt de la littérature classique chinoise, alors que son père lui demande d'apprendre par coeur un passage de l'Histoire rimée portant sur la création du monde par Pan Gu, en échange de la permission de se rendre à "La Foire aux Cinq Dieux cruels". Cette fameuse foire qui l'attirait tant sera finalement d'un intérêt très limité comparé à l'histoire de ce Créateur du monde (cf. articles sur le Taishan, dans lesquels j'ai raconté cette légende) et des autres lectures qui suivront.

Le cinquième passage est celui de "La maladie de (son) père", atteint d'une hydropisie qui l'emportera malgré les soins des deux meilleurs médecins de la ville. Outre les médicaments intriguants que Lu Xun doit aller cueillir pour soigner son père, comme "la canne à sucre ayant subi le gel pendant trois années consécutives", ce châpitre est très intéressant pour comprendre la philosophie chinoise en rapport avec la maladie, la mort, le destin. Lorsque la médecine chinoise est sans recours, il s'agit certainement d'un ancêtre châgriné par un certain comportement du malade qui se venge.
Voici un petit extrait par exemple:
    - Le traitement actuel peut ne pas être très efficace, dit M. Chen (le médecin) un autre jour. Je pense que nous devrions demander à un devin si quelque démon vengeur ne se trouve pas derrière tout ceci... Le médecin soigne les maladies, mais non le destin, n'est-ce pas ? Il est évidemment possible qu'il s'agisse de quelque chose qui se serait produit dans une vie antérieure. (...)
    Du temps de l'empereur Jaune, sorciers et médecins étaient tout un, et c'est pour cela que jusqu'à maintenant, leur disciples aperçoivent encore des démons et croient que la "langue est le germe intelligent du coeur". Voilà le "destin" des Chinois, que même les médecins célèbres sont incapables de soigner.
    Mon père ne voulant pas du remède efficace à appliquer sur la langue et ne parvenant pas à imaginer un démon vengeur auquel il aurait nui, il était tout simplement inutile qu'il ingurgite, serait-ce cent jours durant, des pilules "de peau de tambour crevée". Elles s'avérèrent incapables de combattre l'hydropisie, et à la fin mon père demeura couché, haletant, sur son lit."


Enfin le sixième passage a un intérêt historique certain, puisque Lu Xun part étudier au Japon chez un professeur exceptionnel, et il retranscrit la xénophobie japonaise envers les Chinois, quelques années avant les affrontements tragiques entre les deux pays (sur lesquels je reviendrai sûrement plus tard dans l'année).

Je suis déjà très long, donc je vous conseille simplement cette petite lecture rapide et dépaysante si vous avez huit heures de train à tuer un dimanche après-midi ;-).

Fleurs du matin cueillies au soir
, de Lu Xun, 1926, traduction de François Jullien (rien n'est indiqué dans mon édition, mais c'est visiblement lui qui a traduit le recueil en 1976), Editions en Langues Etrangères.

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commentaires

Val 14/11/2007 09:48

谢谢你!Je corrige...

Denise (方颖) 14/11/2007 08:34

朝花夕拾 : (Chao hua si shi),
应该是zhao hua si shi.
朝有两个音。